‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 238 sur 350 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

CLÉMENCE, seule, sortant de l'abattement où elle est tombée.

Mon père... il est parti!... mais il est bon!... il m'aime!... il refusera... il ne parlera pas... ce sera remis... il va revenir... il revient!... (Elle court à la porte du fond et prête l'oreille.) Non, personne ! ( Elle revient sur le devant. ) Je m'étais trompée ! il ne revient pas... Que se passe-t-il en ce moment? C'est affreux de se dire : En cet instant, à la minute où je parle et où j'ignore tout, il y a un endroit où des gens indifférents décident froidement de mon sort, où le seul qui s'émeut et qui tremble, non seulement ne peut prendre ma défense, mais est forcé par un devoir... dit-il, de parler contre moi , d'accumuler des raisons pour me perdre !... moi, son enfant. Et je suis ici !... sans pouvoir me défendre : et pourtant si j'avais pu tout dire... tout ce que je sens là... ils n'auraient pas eu le courage de me condamner, j'en suis sûre... Mais il faut que j'attende... attendre là... seule ! ( Regardant la pendule. ) Que les minutes sont longues!... et pourtant, à chaque instant qui s'écoule, j'ai peur que celui qui va suivre ne m'annonce un malheur!... Du bruit... (Elle écoute.) On rit dans la maison voisine ; il y a donc des gens qui sont calmes et heureux! et moi... je souffre et je tremble, ô mon père ! mon père ! serez-vous sans pitié pour votre malheureuse enfant. Mais pourquoi rester ici ?... je devrais être près d'Hermann, alors ils ne m'arracheraient pas de ses bras... J'y vivrais, ou j'y mourrais... Oui ! allons le retrouver.

( Elle a été très-agitée pendant cette dernière phrase ; elle va sortir; madame Durand entre.

Page 1