SCÈNE PREMIÈRE
MÉLOÉ, seule.
(Au lever du rideau, elle travaille à un portrait de femme placé sur un chevalet, près de la table, à droite du spectateur.)
Ce portrait de ma chère Laurence est déjà très-ressemblant... comme on oublie vite avec le travail tous les ennuis de la vie !... (Elle se lève.) Mais on oublie trop aussi... et je ne pense pas que
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c'est fête aujourd'hui dans ma petite retraite... je reçois mes amis, je leur donne à déjeuner... il est vrai que c'est un déjeuner d'artistes, de poètes et de peintres... Pour suppléer aux mets délicats et au luxe du service, nous aurons notre bonne amitié, le plaisir d'être ensemble, et toutes nos espérances... Malgré cela, j'ai bien fait de charger un ami de veiller aux soins du repas... Il me tarde de voir M. Georges : il n'est pas venu ce matin, et son air préoccupé hier soir m'inquiète, car c'est mon ami, mon voisin... là, porte à porte ! Comme c'est heureux qu'il ait choisi cette demeure !... Il était seul et triste malgré ses beaux rêves de poëte... moi, pauvre orpheline, j'étais ici comme lui triste et seule... il vient, on se voit chaque jour, et une bonne amitié nous rend heureux l'un et l'autre... Mon goût pour la peinture s'est inspiré de ses idées poétiques, et j'en apprends plus avec le désir de me montrer digne de ses conseils qu'avec toutes les leçons de mes maîtres... ce n'est pas étonnant, car tous ceux qui écoutent M. Georges trouvent ainsi plus de courage et plus de talent pour bien faire... ( Elle regarde du côté de la porte, et ensuite de la fenêtre.) Laurence ne vient pas!... En attendant, il faut que je regarde par cette fenêtre, et que je m'assure que je ne me suis pas trompée hier... (Elle monte sur l'échelle près de la fenêtre ) Voyons !... (Elle regarde en V air trèsattentivement,) Oui , c'est elle, je la vois... Comment faire pour qu'elle me voie aussi ?