ACTE I, SCENE VII
fiance... (Comme à lui-même.) C'est singulier!... la nature ne m'avait pas fait pour être un héros !... du moins, je n'étais pas encore accoutumé à cette idée... j'avais cru que ma vocation était de faire fortune... ( Georges le regarde. ) je me trompais !..... certes je me trompais !... et je me résigne à la gloire î... D'ailleurs, quand on n'a rien à perdre, on ne risque rien.
JULES
On risque d'avoir quelque chose... d'être riche et grand seigneur à son tour.
GEORGES
v Qu'osez-vous dire, Jules? Malheur à celui qu'un intérêt personnel pourrait conduire î... Ce n'est qu'en pensant au bien général qu'on peut sans hésiter faire le sacrifice de ses intérêts particuliers, et c'est là seulement ce qui doit nous animer aujourd'hui.
JULES
Ah! je vous comprends, Georges !... vos paroles se gravent dans mon cœur, et je leur dévouerai ma vie tout entière !... Confiez-moi donc un beau poste... et vous m'y verrez !...
Eh bien, Jules, ce soir, vers la nuit, vous porterez ce papier sans adresse, rue...
(Il s'écarte avec lui en lui parlant bas ; Picardin les suit, en cherchant à se mêler à l'entretien : le Prince se place à la droite du spectateur. ) le prince , assis à la table et écrivant. « A Mathilde !... » Si elle voulait !...
Georges, à Picardin.
Vous, Picardin, je vous charge de ranimer les plus timides. (Il continue à parler bas à Jules, au fond.)
picardin , venant sur le devant.
Allons! me voilà chargé de donner du courage à ceux qui en
manquent, comme si j'en avais trop!... Mais qu'importe? Georges l'a dit!...
(Georges s'est approché du Prince, et supposant que ce qu'il écrit a rapport à leurs affaires, il a jeté les yeux sur le papier en s'appuyant sur le dossier de son fauteuil. )
GEORGES
Ainsi vos instructions... Ciel!
le prince , souriant.
Ah! vous lisiez?...
GEORGES
O prince, y pensez-vous ?... Est-ce donc un tel hommage que mérite cette jeune fille et si belle et si pure ?
LE PRINCE
Georges, ceci ne vous regarde pas.
512 GEORGES
Profiter de sa pauvreté pour la tenter avec de l'or ou l'entraîner
avec de la passion !... La perdre, la livrer à la honte, au mépris
ah ! ce serait affreux !
(Il saisit le papier sur la table.) le prince, avec impatience.
Mais en tin...
GEORGES
Prince, ma vie est entre vos mains, et j'y tiens en ce moment plus que jamais, car elle peut être utile... pourtant je ne crains pas de vous offenser, vous que j'aime, pour sauver la pauvre fille innocente que vous voulez perdre !
(Il déchire la lettre du prince.) le prince, avec colère.
Ah ! c'en est trop !
Georges, très-calme.
Monsieur...
picardin, se plaçant entre eux.
Eh bien ! eh bien ! quelle est cette folie !... Une querelle !... Et pourquoi ?
le prince, après un instant de réflexion. Ah ! vous avez raison. ( Allant à Georges. ) Georges, vous êtes le plus noble et le meilleur des hommes... Je vous dois de généreuses idées, de belles espérances, et je veux en vous quittant emporter toute votre estime... Oui, je renonce à de coupables desseins : que Mathilde reste sous votre protection!... ce sacrifice et votre vertu doivent nous porter bonheur à tous deux. Votre main, et soyons tout à notre patrie, unis de cœur sur deux terres séparées.
PICARDIN.
Oui, toujours unis !
ensemble, se prenant la main.
Toujours amis !
(Picardin, le Prince et Jules sortent; Georges les conduit jusqu'à la porte, et revient en scène.)