MÉLOÉ, GEORGES
méloé, pâle et s" arrêtant près de la porte en entrant, et sans être vue de Georges, à part.
Le voilà ! je ne m'étais pas trompée... c'était sa mère !
Georges, se retournant et allant au-devant d'elle. C'est vous, mais triste et pâle ! ... 0 ciel ! qu'avez-vous ?
MÉLOÉ
Moi ! rien... Oh ! non, je ne puis pas, je ne dois pas être triste.
GEORGES
Je suis resté ici. . . on y est si bien !
Que j'aime à vous l'entendre dire î
GEORGES
Depuis longtemps vous savez que je le pense.
MÉLOÉ
Georges, si l'avenir nous sépare...
GEORGES
Jamais !
MÉLOÉ
S'il vous donne une brillante destinée ?...
GEORGES
Comment ?
MÉLOÉ
N'est-ce pas que vous penserez encore à ces deux années où nous nous sommes vus chaque jour, où notre amitié fut bien confiante et bien douce, où nous avions les mêmes idées , les mêmes goûts ?
GEORGES
Comme moi, Méloé, méprisant les vanités, dédaignant la richesse, vos plaisirs sont les nobles pensées et les nobles affections !. . votre âme, c'est la mienne !
MÉLOÉ
Quelles douces paroles !... S'il venait des jours malheureux?...
514 GEORGES
GEORGES
Ciel !
Des jours où je ne vous verrais pas... c'est ce que je voulais dire... eh bien ! ces mots seront gravés là... ils consoleront ! Georges, vivement.
Ah ! vous voulez partir, vous éloigner ! peut-être ce rêve des artistes, ce voyage d'Italie dont vous parliez, où l'on va s'inspirer sous un beau ciel, à la vue des chefs-d'œuvre ?... méloé, souriant.
Georges, il y a quelque chose qui inspire mieux que tout cela, et je n'ai pas besoin de partir !
Georges, très-vivement.
0 ma chère Méloé ! ma bien-aimée ! ( Se reprenant. ) Mais vous me cachez quelque secret. ( Plus calme. ) Ce riche mariage... ce vieillard... ce duc de Montigny-Lansac... si vous n'aviez pas de projets, sa lettre, vous me l'auriez montrée.
MÉLOÉ
La voilà ! quoique j'eusse dû vous la cacher. Georges, prenant la lettre, la parcourant d'abord des yeux, puis lisant haut.
« Vous voulez la vérité sur votre protégé monsieur Georges ? Il « ne peut obtenir aucun emploi important. Trop jeune, inconnu, « sans famille, c'est à peine s'il pourrait entrer comme surnumé- « raire dans une administration ; encore faudrait-il qu'il renonçât « à ses folles idées, qu'il cessât de blâmer la puissance, de censurer « les lois, de nommer abus ce que l'usage a consacré. Ces nova- « teurs dangereux ne méritent pas l'intérêt que vous leur accordez.» (Il froisse le papier avec colère. ) Ah ! c'est affreux !... Mais pourquoi , sans mon aveu , solliciter ainsi?... Au reste, c'est bien cela ! voilà les grands, les puissants, les riches ! Mon Dieu , quand donnerez-vous donc les biens de ce monde à des gens dignes d'en user?
(On entend du bruit en dehors )
MÉLOÉ
Quel bruit !
Qu'y a-t-il donc ?