‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 268 sur 350 · MÉLOÉ, GEORGES · texte numérisé non relu

MÉLOÉ, GEORGES

méloé, pâle et s" arrêtant près de la porte en entrant, et sans être vue de Georges, à part.

Le voilà ! je ne m'étais pas trompée... c'était sa mère !

Georges, se retournant et allant au-devant d'elle. C'est vous, mais triste et pâle ! ... 0 ciel ! qu'avez-vous ?

MÉLOÉ

Moi ! rien... Oh ! non, je ne puis pas, je ne dois pas être triste.

GEORGES

Je suis resté ici. . . on y est si bien !

Que j'aime à vous l'entendre dire î

GEORGES

Depuis longtemps vous savez que je le pense.

MÉLOÉ

Georges, si l'avenir nous sépare...

GEORGES

Jamais !

MÉLOÉ

S'il vous donne une brillante destinée ?...

GEORGES

Comment ?

MÉLOÉ

N'est-ce pas que vous penserez encore à ces deux années où nous nous sommes vus chaque jour, où notre amitié fut bien confiante et bien douce, où nous avions les mêmes idées , les mêmes goûts ?

GEORGES

Comme moi, Méloé, méprisant les vanités, dédaignant la richesse, vos plaisirs sont les nobles pensées et les nobles affections !. . votre âme, c'est la mienne !

MÉLOÉ

Quelles douces paroles !... S'il venait des jours malheureux?...

514 GEORGES

GEORGES

Ciel !

Des jours où je ne vous verrais pas... c'est ce que je voulais dire... eh bien ! ces mots seront gravés là... ils consoleront ! Georges, vivement.

Ah ! vous voulez partir, vous éloigner ! peut-être ce rêve des artistes, ce voyage d'Italie dont vous parliez, où l'on va s'inspirer sous un beau ciel, à la vue des chefs-d'œuvre ?... méloé, souriant.

Georges, il y a quelque chose qui inspire mieux que tout cela, et je n'ai pas besoin de partir !

Georges, très-vivement.

0 ma chère Méloé ! ma bien-aimée ! ( Se reprenant. ) Mais vous me cachez quelque secret. ( Plus calme. ) Ce riche mariage... ce vieillard... ce duc de Montigny-Lansac... si vous n'aviez pas de projets, sa lettre, vous me l'auriez montrée.

MÉLOÉ

La voilà ! quoique j'eusse dû vous la cacher. Georges, prenant la lettre, la parcourant d'abord des yeux, puis lisant haut.

« Vous voulez la vérité sur votre protégé monsieur Georges ? Il « ne peut obtenir aucun emploi important. Trop jeune, inconnu, « sans famille, c'est à peine s'il pourrait entrer comme surnumé- « raire dans une administration ; encore faudrait-il qu'il renonçât « à ses folles idées, qu'il cessât de blâmer la puissance, de censurer « les lois, de nommer abus ce que l'usage a consacré. Ces nova- « teurs dangereux ne méritent pas l'intérêt que vous leur accordez.» (Il froisse le papier avec colère. ) Ah ! c'est affreux !... Mais pourquoi , sans mon aveu , solliciter ainsi?... Au reste, c'est bien cela ! voilà les grands, les puissants, les riches ! Mon Dieu , quand donnerez-vous donc les biens de ce monde à des gens dignes d'en user?

(On entend du bruit en dehors )

MÉLOÉ

Quel bruit !

Qu'y a-t-il donc ?

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