SCENE IL oà
EMMA
Et j'espère que lu ne refuseras pas la porte à ton futur V
LAD Y NELMOOR.
Le moyen ? Allons, recevons-le ! mais aide-moi d'abord à reprendre mon costume ordinaire.
EMMA
Laisse-moi faire ! Et vous, Mariette, allez pour qu'il ne nous surprenne pas.
(Mariette sort.)
lady nelmoor, riant pendant qu'Emma Vaide à placer sa mantille.
Il doit penser, j'en suis sûre, que j'ai au moins la taille de travers, tant je prends soin de la cacher.
emma, lui donnant son chapeau.
Tiens, ton affreux chapeau qui te donne dix années de plus.
lady nelmoor, riant en mettant ses gants. Il doit me supposer des mains affreuses.
emma, arrangeant le bonnet qui est sous le chapeau. Attends, cette dentelle ne tombe pas assez bas; elle laisse encore voir un peu de tes cheveux.
lady nelmoor, se regardant au miroir.
Oh ! mais tu me rends horrible !
EMMA
C'est par amitié. Tu m'as convertie à tes principes.
LADY NELMOOR, SOuHant.
T'en serviras-tu pour ton usage ?
EMMA
Je ne suis pas encore assez parfaite pour cela ! Et puis, vois-tu, ma chère Adine, pour se faire aimer avant le mariage, on peut avoir du superflu en fait de beauté ; mais après on n'a rien de trop. .. (Elle examine lady Nelmoor de tous côtés.) Que dira M. de Normont, qui t'a toujours vue ainsi, et qui croit n'épouser qu'une femme respectable, quand il trouvera une jolie femme ? Il est capable de se plaindre de ce que la mariée est trop belle. lady nelmoor, riant.
Oh ! alors je serai sa femme , et il ne s'apercevra peut-être pas si je suis jolie.
EMMA
C'est possible ; d'ailleurs , avec un homme si raisonnable , la beauté... ce sera du bien perdu.
LADY NELMOOR, Soupirant.
Ah !...
EMMA
Voilà un soupir qui n'est pas du même avis que tes paroles de tout à l'heure.
lady nelmoor, avec un peu d'impatience.
Ecoute, Emma ! autrefois à la pension, tu passais pour la plus contrariante et la plus moqueuse de nos compagnes : est-ce que ce serait encore comme autrefois ?
EMMA
Par exemple ! est-ce que toi, autrefois, tu n'étais pas étourdie , coquette ? Et à présent, Dieu merci , tu as de la sagesse plus qu'il n'en faut à une femme pour son usage ! Cela m'effraie, j'ai peur qu'il n'arrive quelque malheur.
lad y nelmoor, riant.
Et que veux-tu qu'il arrive, folle ?
EMMA
Cela n'est pas naturel ; car enfin les autres femmes me trouvent déjà prude et sévère, moi , parce que je n'ai envie de plaire qu'à mon mari î Ce qui n'empêche pas pourtant que je ne sois bien aise quand les autres me trouvent aimable et jolie.
LADY NELMOOR.
Àh ! ah ! mais c'est de la coquetterie, cela !
EMMA
Allons donc, il faut bien se distraire un peu, surtout lorsqu'on a un mari ofïicier, qui passe la moitié de l'année à son régiment et qui ne nous aime que par semestre.
LADY NELMOOR.
Eh bien î cela n'est pas yjrudent. On est sage... c'est vrai ; mais il vaut encore mieux fuir le danger.
C'est aussi ce que je fais... quand il peut y avoir du danger. L'hiver dernier, par exemple , j'ai consigné à ma porte un jeune fou, un de nos hommes à la mode, qui me suivait partout et faisait mille extravagances ! Ah ! j'ai été d'une sévérité ! d'autant plus que ces mauvais sujets ont toujours un je ne sais quoi...
LADY NELMOOR.
Quelle horreur ! peux-tu bien dire cela ?
EMMA
Que veux-tu ? c'est que c'est vrai ! Ils réussissent souvent à plaire aux femmes les plus raisonnables et l'emportent sur les hommes les plus sensés.
LADY NELMOOR.
Tu as vraiment des idées !... Pour moi, ma chère amie, on m'en avait présenté un de ce genre-là dès les premiers jours de mon