SCENE V
EMMA
Veux-tu donc que j'en pleure ?
(Elle rit.) LADY NELMOOR.
Voilà bien tes gens à la mode.
EMMA
C'est assez plaisant ; il n'a pas eu l'air embarrassé, et ne s'en est pas tiré trop mal ! chacune a pu se croire seule adorée î s'il fût resté, il serait peut-être parvenu à nous tromper toutes les deux.
LADY NELMOOR.
Oh ! je l'en délie bien ' je méprise trop un semblable caractère.
Ah ! oui, j'oubliais! toi, tu es invulnérable ! Mais comment l'astu donc connu ?
LADY NELMOOR.
Cette étourdie de Caroline, notre ancienne compagne, ne me Pavait-elle pas présenté comme un parti convenable, il y a trois mois, dès mon retour en France ? Je l'ai vu quelquefois.
EMMA
Ah î c'était lui? En effet il est le cousin de Caroline ! et j'aurais dû me rappeler... ( Elle rit.) Ah ! ah ! ah !
LADY NELMOOR.
Tout te fait rire aujourd'hui.
emma , riant .
Et tu as cru vraiment ?...
LADY NELMOOR.
J'ai cru... quoi ?
emma , d'un ton insouciant.
Oh ! rien !... un souvenir ! je te dirai cela plus tard ; mais saistu bien que c'était un parti charmant. Riche ? d'une famille distinguée , lieutenant-colonel à vingt-six ans , neveu et aide de camp d'un maréchal de France !
LADY NELMOOR.
C'est cela, un aide de camp, un ijeune fou faisant la cour à toutes les femmes et incapable d'en aimer une réellement.
(On entend le bruit d'une voiture.) EMMA.
Oh ! pour le coup, voilà notre futur ! Il ne vient pas à cheval, lui, comme notre écervelé d'amoureux ! oh non. Un bon landaw ! Tout ce qu'il fait est grave et paisible ! Il n'a pas cet empressement qui nous troublerait, et il suit le précepte du sage : Dans tout ce que tu fais, hâte-toi lentement.
M. le baron de Normont, M. de Verpy...
lady nelmoor, étonnée.
Ah ! mon oncle aussi.
le domestique, annonçant.
Et M. le comte Arthur de la Villette.
EMMA
Comment ?
LADY NELMOOR.
Par exemple.
M. de verpy, en dehors.
Prenez bien garde.
m. de normont, en dehors.
Appuie-toi sur moi !
(La porte s'ouvre. Arthur paraît, soutenu par MM. de Verpy et de Normont. Il a l'air de ne pouvoir se poser sur un de ses pieds.)