‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 322 sur 350 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

ARTHUR

Madame ?

LADY NELM00R, b(lS.

Encore une fois, mon oncle !...

M. DE VERPY.

Oui, par exemple...

EMMA

Oh ! moi , je sais à fond l'opinion d'Adine sur M. Arthur , car ce matin nous parlions de lui, et cela ne ressemble guère. ,

M. DE VERPY.

Pas du tout vous croyez savoir, et je gage que vous ne savez

rien !... Tenez, entre autres choses, ma nièce m'a prouvé que la coquetterie de quelques femmes qui interprétaient comme témoignage d'amour des politesses insignifiantes, valait seule à Monsieur sa réputation de légèreté.

EMMA

Ah ! votre nièce a dit cela ! (A part.) C'est aimable !

LADY NELMOOR.

Mon oncle, je vous en prie.

Elle ajoutait que M. Arthur , tendre , délicat , sensible ! oh si je répétais tout... n'aime qu'une seule femme!

ARTHUR

Je le jure.

NORMONT.

Bah!

M. DE VERPY.

Oui, ma nièce m'en paraît assez persuadée !

ARTHUR

Et croit-elle que je l'aimerai toute ma vie ?

M. de verpy, après les avoir regardés l'un et Vautre. Je pense que c'est là ce qu'elle sera bien aise de savoir.

Arthur , allant à lady Nelmoor.

Madame!

(Elle baisse les yeux et ne répond pas.)

EMMA

Allons, allons, je devine !

NORMONT.

Qu'est-ce que tout cela veut dire ?

M. DE VERPY.

Que ma nièce s'était promis de faire un mariage parfaitement sage et raisonnable, et qu'il paraît que...

EMMA

M. Arthur lui a prouvé qu'il était le plus sage de vous deux.

NORMONT.

Pas possible ï

Arthur , tendrement à lady Nelmoor.

Est-il vrai que mes torts soient pardonnes ?

lady nelmoor , lui tendant la main et se détournant timidement.

Iî paraît que celui qu'on aime a toujours raison.

normont, pétrifié.

Ali ! çà !... mais que suis-je donc venu faire ici ?

M. DE VERPY.

Vous avez guéri la foulure de Monsieur.

NORMONT.

Permettez... il me semble...

M. DE VERPY.

Un homme sage comme vous êtes prend son parti et ne se fâche point.

EMMA

Voilà un mariage raisonnable comme il s'en fait beaucoup.

M. DE VERPY.

(Test qu'en fait d'amour, une femme a beau en appeler à sa raison, c'est toujours son cœur qui décide c'était déjà comme cela

de mon temps.

LE

Comédie en un acte et en prose, représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre-Français, le 8 août 1837.

A Madame la Comtesse PALAMEDE DE MACHECO.

Je veux , chère amie, que ton nom soit inscrit sur ce petit ouvrage, en mémoire de notre amitié d'enfance, respectée par l'absence et le temps, qui respectent si peu de choses.

Mon intention a été de montrer dans cette légère esquisse, que la seule puissance de l'esprit peut suffire aune femme élevée dans la retraite, et la rendre tout aimable, même au milieu d'un monde brillant et frivole où elle n'a jamais vécu ; car le bon goût est produit par le bon sens; les bonnes manières sont l'expression des bons sentiments, et la fine et légère plaisanterie est !a suite d'un bon esprit.

Tout cela existe dans une nature distinguée , et de même que les artifices de la toilette sont inutiles à la beauté parfaite, et ont été inventés pour en donner l'apparence à qui ne la possède pas, les usages du monde ont été convenus pour essayer d'imiter les vertus et les grâces. C'est la dorure qui reproduit l'éclat de l'or à sa superficie.

J'ai donc, cette fois encore , esquissé une figure de femme : car il y a une idée à laquelle ce que j'écris se rapporte toujours, même à mon insu , et cette pièce n'est vraiment que le rôle de la présidente.

Tu verras que j'ai fait venir cette noble provinciale de Dijon, la ville où je suis née, où commença notre amitié, où sont encore mes affections de famille. Plus on avance dans la vie, et plus il s'attache aux lieux où s'écoula notre enfance , de touchants et chers souvenirs. La joie des premières années, les tendres soins qui les entourent, les surprises qu'apporte alors à notre esprit chaque nouvelle idée, cette confiance qu'inspire l'avenir, les douces illusions et toutes les brillantes espérances de la vie, planent entières et intactes autour de cette époque, et plus tard la pensée s'y reporte pour essayer de les retrouver.

Toutes deux nous avons quitté bien jeunes le pays natal; toi pour le calme solennel d'un château de l'Auvergne, aux sites pittoresques et majestueux; moi pour la vie agitée de la ville aux mille agitations. Pourtant sur ce sol mouvant, où la fortune, la puissance, et même la gloire, ont si peu de stabilité, comme sous l'ombrage tranquille de tes forêts séculaires, notre amitié, fleur de nos jours d'enfance, a continué de croître paisiblement pour durer autant que noire vie.

Virginie Ancelot.

10 août 1837.

LE

PERSONNAGES

Le Marquis DE STAINVILLE.

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