SCÈNE VI
MAX, NANNI.au fond, parlant h la cantonade. Elle porte une grand* corbeille couverte.
NANNI.
Oui, oui, c est bien dix thalers à inscrire pour le compte de monsieur. C’est bien ! fermez la porte comme vous pourrez, Fritz ! (Ello pa**e au fond, se dirigeant vers la salle à manger.)
MAX
Mademoiselle Nanni !
NANNI, s’arrêtant.
Quoi, monsieur?
Qu’est-ce que vous portez donc là?
NANNI.
Je ne sais pas.
MAX
Oh! que si fait! Vous êtes dans la confidence.
NANNI.
Mais non ! c’est maître Tyss qui a acheté quelque chose, et qui l’envoie chez lui parle commis du magasin.
LA. NUIT DE NOËL 223
MAX, qui s’est vivement approché d’elle, enlève brusquement le papier blanc qui couvre la corbeille.
J’en étais sûr ! Ignace m’a dit la vérité. Voilà qui est déplorable !
NÀNNI.
Comment 1 des poupées, des soldats, des jouets d’enfant! Ah ! comme il y en a ! et comme ils sont jolis !
MAX, prenant les jonets et les brisant.
Oui, il y en a pour dix thalers, et ils sont jolis, jolis!
NANNI.
Ah! monsieur! qu’est-ce que vous faites là?
MAX
Vous le voyez, je détruis yne chose nuisible, funeste!
NANNI, stupéfaite.
Funeste? nuisible?
MAX, cassant toujours.
Oh ! vous ne comprenez pas? Vous comprendrez plus tard... si vous pouvez! Allons, allons, au feu les soldats de plomb! au diable les oiseaux, les roquets, les bonbons dorés !
NANNI.
Ah ! monsieur, grâce pour cette petite demoiselle en bleui Elle est si jolie !
MAX
Pas de grâce ! Brûlez, brûlez !
NANNI, lui montrant la bouche du poêle obstruée par les bêches trop longues.
Impossible !
MAX
Ah! oui. La bûche ne veut pas? Eh bien, par la fenêtre, alors ! (il ouvre la fenêtre ; un vent épouvantable mugit an dehors. Max jette les débris des jouets dans la rue.) Nous verrons si le vent refuse d’emporter ces guenilles !
NANNI, à part, pendant que Max est h la fenêtre.
Ah ! si je pouvais sauver quelque chose ! (Elle tire un objet d* fond de la corbeille.) Tiens! un petit arbre de Noël!
MAX, qui s’est retourné, le lui arrache des mains.
Parfait ! Le voilà ! Je m’y attendais. Ça va justement servir à faire flamber la bûche! (il casse Io petit arbre en allumettes qu’il fourre dans le pocle.}
NANNI.
Ah! monsieur Max! Détruire cela aussi! c’est mal! Vrai, cela peut vous porter malheur!
MAX, irrité et jetant la corbeille par la fenêtre.
Ah ! sotte fille ! Porter malheur ! C’est vous qui entretenez le pauvre Tyss dans toutes ces plates croyances! Eh bien, savez-vous ce qui porte malheur à l'homme
NANNI, intimidée.
Non, monsieur.
MAX
Et à la femme?
NANNI.
Non. Qu’est-ce que c’est?
MAX
C’est la bêtise humaine, ma chère! (on entend des roi» eu bas.) Ah! voilà ce pauvre homme qui rentre. Je vais au-devant de lui. Balayez, emportez, rangez, cachez tout cela ! Vite, allons! (il sort.)