MAR 1ELLE, SYLVIA
MARIELLE.
Vous êtes toujours malade ? Vous ne pourrez point jouer ?
SYLVIA
Permets-moi de ne le point tenter. L’éclat des lumières me donnerait des vertiges, et je craindrais d’avoir quelque pâmoison sur le théâtre.
MARIELLE, la regardant d’an air de doute.
Peut-être que lu n’aimes point ce rôle ? On y pourrait vitement changer quelque chose.
SYLVIA
Le rôle ne me chagrine pas.
MARIELLE.
Alors, c’est le jeu de Fabio ?
SYLVIA
Point !
MARIELLE.
11 se néglige trop, cet enfant 1 II devient paresseux. Je ne vous vois jamais répéter ensemble.
De quoi servirait-il? Fabio est assez content de lui-même pour ne vouloir point souffrir de conseils.
MARIELLE.
Tu es sévère pour lui ! injuste peut-être ! Tu ne l’aimes point !
SYLVIA
Nonobstant la grande amitié que tu lui portes, je confesse que nos humeurs ne sont point faites pour s’entre-donner beaucoup d’inclination; mais je fais de mon mieux pour que ton bonheur domestique ne soit point troublé par le manque d’"cc?rd.
Ta voix me fait dn bien. J’étais triste, inquiet de ta santé. Tu resteras bien dans ce salon, n’est-ce pas, pendant la comédie ? i
SYLVIA
Volontiers ! Je te verrai jouer en me cachant derrière cette tapisserie.
MARIELLE.
Oui ! tu me donneras du cœur ! Si tu n’étais pas là, je compte que je me ferais huer, du dégoût que j’aurais à présent pour mon métier.
SYLVIA
Mais, moi, je ne te veux point dégoûter d’une carrière où tu brilles au premier rang ?
MARIELLE.
Le métier n’est point l’art, ma chère Sylvia; l’un nous enflamme, l’autre nous consume.
SYLVIA
Alors, c’est comme en religion : l’esprit vivifie, mais la lettre tue. Allons, du courage, ami ! mes regards ne te quitteront point.