‹ Théâtre de NohantChapitre 18 sur 208 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

FRANCINE, endormie; LE DRAC, LE SPECTRE de Bornard, sortant do terre derrière Francine.

LE SPECTRE

* Qui m’appelle ?

LE DRAC, reculant.

Bernard 1 Est-ce lui ?

LE SPECTRE

Non ; je suis son image, son double, son spectre !

LE DRAC

Ah ! je suis encore le drac, le roi dos songes ! Tu as deviné ma pensée, tu as compris la langue que je suis forcé de parler : tu vas m’obéir !

LE SPECTRE

J’obéis à ma nature, qui est de fasciner et de tromper dans le sommeil ou dans la veille, dans le désespoir ou dans

LE DR AC

l’ivresse, dans la passion ou dans la folie. La langue des hommes que tu me parles, comment ne la connaît rais-je pas, moi qui converse à toute heure avec eux ? Quant à deviner ta pensée... Non! tu es un esprit déchu ou enchaîné à quelque épreuve : j’obéis au chiffre sacré par lequel tu m’as évoqué.

LE DRAC

Alors pourquoi viens-tu ici sous cette figure?

LE SPECTRE

Parce que je suis l’hôte assidu de cette chaumière, parco que ceux qui l’habitent m’appellent sans cesse sous la forme que voici, et que je me nourris des chimères de leur imagination ou des tourments de leur pensée.

Ah ! oui, l’amour de Francine, la haine de son père... Eh bien, fais maudire et détester celui que tu représentes. Obéismoi, je le veux!

LE SPECTRE

Quand j’obéis, c’est à ma guise; nul ne gouverne ma fantaisie. Va-t’en !

LE DRAC

Oui, car je veux agir de mon côté I II me faut ici plus d’une victime ! A nous deux, Bernard ! (il sort.)

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