SCÈNE XX FLORIMOND, FABIO
FABIO, se parlant à lai-même sans faire attentien à Florimond-
On ne veut point que je paraisse dans les rôles marquants eh bien, j’irai chercher fortune ailleurs, j’y suis résolu !
FLORIMOND
Tu es mal satisfait ? Les dames ont pourtant lorgné le poin f de ton collet, et tes plumes ont donné dans la vue d’une grosse marchande de soieries qui n’a cessé de répéter : « Mais voyez donc ce jeune plumeau ! »
FABIO
Moi, j’en ai remarqué une qui était affolée de ton poil rouge; sur quoi, son voisin, qui, pour probable, est un érudt* de ta force, lui a répondu :
Ces hommes médisants ont le feu sous la lèTre.
FLORIMOND
Tais-toi ! tu sais que je ne puis souffrir les enfants, et que je perds facilement patience avec eux.
Je sais que tu ne t’accommodes que de tes chiens, parce qu’eux seuls se laissent battre sans mordre.
FLORIMOND, haussant les épaules.
Jargonncur !
FABIO
Malotru !
FLORIMOND, soulevant la portière.
Ah ! voici la caporal Ergaste qui fait son entrée ! Dirait-on point d’un fourgon qui va verser ? Et cette grimaceuse de Marinette, avec ses gras de jambes postiches et tous ses appas de contrebande : la pécore ! hein 1 Voici Marielle ! le beau Scaramouche se fait vieux ! la face se creuse et l’œil se ternit !
FABIO
A sa place, je me retirerais. Attendra-t-il que le public l’en avertisse? n’a-t-il point assez de réputation et de fortune?
De la fortune ! Toi et beaucoup d’autres devriez savoir qu’il n’en a point, pour avoir trop aidé à se faire duper ! Quant à sa réputation, elle ne baisse pas encore. C’est bien à toi de juger ton maître! T’imaginerais-tu de le remplacer? Un vieux de cette trempe-là, vois-tu, vaut dix mille muguets comme toi. Allons, c’est à ton tour de montrer ce que tu sais faire ! Va ! mets ta bouche en fer de flèche et roule tes yeux en tyran des cœurs, Cupidon déchaîné! Ya-t’en, de bronchade en bronchade, mettre, avçc tes regards amoureux, le feu aux loges des dames. Faisons brûler et fondre par douzaines ! Il n’en est pas moins assuré que, lorsque le vieux Scaramouche viendra à ton encontre, les bras croisés, la bouche entrouverte, et l’œil pétrifié par une feinte surprise, il fera plus d’effet avec rien que toi avec toutes les grâces,
MARIELLE
et je me damne si, à ce moment-là, l’on fait non plus d’attention à toi qu’à une enseigne de cabaret.
FABIO
Laisse-moi, Florimond ! Tu crois railler seulement, et tu ne sais point le mal que tu me fais !
FLORIMOND
Va donc! Tu manqueras ton entrée !
FABIO
Je me soutiens à peine, j’ai le vertige, et la sueur me vient au front 1
florimond, le soutenant.
Allons, allons, Fabio ! ce n’est point le moment de défaillir! (Fabio fait un effort, repousse Florimond et s'élance vers le '.béilre.)