SCÈNE XXVI
MARIELLE, FABIO.
MARIELLE.
Eh bien, vous avez séduit une honnête femme, vous avez trahi et assassiné un père qui vous aimait. Qu’allez-vous faire, à présent ?
FABIO
Moi, j’ai séduit?... j’ai trahi?...,
Ne mentez point, je sais tout ; partez 1
FABIO
Vous me chassez ainsi ?
MARIELLE.
Quoi ! misérable, tu t’en étonnes ? tu essayes de feindre ? tu comptes m’abuser?
FABIO
Mais je vous jure que, depuis le jour où j’ai su qu’elle était votre femme, je ne lui ai point dit un mot...
MARIELLE.
Ah ! c’en est trop ! Déshonore-moi, infâme, ravis-moi mon bonheur, enlève-moi ma femme, mais n’espère point m’avoir pour dupe 1
FABIO
Si l’on vous enlève votre femme, cherchez ailleurs votre rival; cherchez plus haut surtout. Ce n’est point pour lo pauvre et obscur Fabio qu’une femme comme elle nous quitterait.
MARIELLE
Que je cherche ailleurs mon rival, quand j’ai là la preuve de ton crime? que je le cherche plus haut? Il insulte la femme qu’il a égarée et perdue ! (Saisissant Fabio au collet avec tant de vigueur, qu’il le force à plier le genou.) Oh! tu n’es poin* digne de cette femme 1 ton amour la souille et la flétrit ! Tiens, tu me fais horreur, et j’ai envie de te tuer !
(il le jette par terre avec violence.)
FABIO, avec rage, se relevant.
Oh ! mon Dieul si vous n’étiez pas mon bienfaiteur...
MARIELLE.
Ose donc, lâche! ose-moi braver en face! tremble de colère devant moi, et non de peur! Oh! mon Dieu! ne pouvoir plus aimer personne ! rougir de ma femme et mépriser mon fils!... C’est aujourd’hui que je suis vieux, vieux... vieux!... j’ai cent ans! Ah! pourquoi ne m’as-tu pas tué tout à l’heure, dans cette scène de comédie où, en jouant la fureur, tu mo pouvais assassiner impunément 1
FABIO
Oh! Marielle! que dites-vous? Vous croyez que je l’ai fait à dessein 1 Mais, je le vois, votre raison est troublée par ca heurt fatal...
MARIELLE.
Te tairas-tu, traître?
FABIO
Mon père, mon père 1 c’est plus affreux que tout le reste, ce que vous croyez là !
MARIELLE.
Tais-toi, te dis-je ! je ne suis plus ton père!