‹ Théâtre de NohantChapitre 195 sur 208 · SCÈNE XXVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXVIII

FABIO, DESŒILLETS.

FABIO

Ohl mon Dieu, il est foui... Ah! Desœillets, quy a-t-il? Sylvia n’a point été enlevée ? Parlez, je m’y perds!

DESOEILLETS

Oh! pardonnez-moi, pardonnez-moi, monsieur! cette maudite lettre m’a été arrachée de force.

Quelle lettre?

DESOEILLETS

Celle que Sylvia m’avait remise pour vous.

FABIO

Pour moi?

DESOEILLETS

Oui ! Marielle s’est jeté sur moi comme un furieux, il l’a prise, il l’a lue !

FABIO

Mais qu’y avait-il dans cette lettre?

DESOEILLETS

Le sais-je, moi? Mais vous vous en devez douter quelque peul

FABIO

Je jure que je ne te comprends point.

MARIELLE

DESOEILLETS

Eh ! ne jurez pas, monsieur Fabio ! Sylvia m’avait tout dit : vous l’aimez, elle vous aime.

Que dis-tu! elle m’aime?...

DESOEILLETS

Hélas ! c’est une grande folie que vous faites là, tous les deux ! mais le sort en est jeté, comme elle disait! Vous avez joué l’indifférence, le dépit s’est emparé d’elle... pauvre femme, qui faisait la forte et qui s’est laissée vaincre au moment de triompher ! Je vous confesse que j’ai bien combattu cette idée-là; mais elle ne m’a point écouté : elle est partie, elle vous attend.

FABIO, tremblant.

Où m’attcnd-elle ?

DESOEILLETS

Je ne sais pas ; cette maudite lettre vous le disait sans doute.

FABIO

Je l’arracherai à Marielle !

DESCEILLETS, à part.

Aïe! (Haut.) Il vous le faudra tuer pour l’avoir I

FABIO

Le tuer? Quelle horreur 1 Mais quoi! où retrouver Sylvia? ne sais-tu rien?

DESCEILLETS.

Elle ne peut pas être bien loin, puisqu’elle est partie en voiture, il n’y a que demi-heure. Ma femme a entendu que l’on disait : « Route de Paris! »

FABIO

Eh ! que ne le disais-tu tout d’abord ? Je la rejoindrai, quand je devrais crever mon cheval ! (jetant son attirail de comédie et prenant son manteau de ville, son chapeau et son épée.) O femme ! vous m’aimiez, et j’en doutais encore 1 Marielle! Marielle! j’étais innocent, j’étais un niais... et vous m’avez traité comme

un scélérat. Malheur à nous deux, peut-être, n’importe! Satan, prête-moi tes ailes 1

DESOEILLETS, feignant de le retenir.

Mais, monsieur Fabio... songez donc...

FABIO

Quelle voiture? ,

DESOEILLETS, à part.

Aïe! (Haut.) Bleue, verte... je ne sais pas, monsieur! (Fabio fait un geste de menace.) Ma femme m’a dit bleue ! une chaise de poste à deux chevaux.

FABIO

Qui m’attend au premier relais, sans doute. Adieu ! adieu!... Je te brise si tu me retiens! (il sort.)

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