‹ Théâtre de NohantChapitre 39 sur 208 · SCÈNE $|JJ · texte numérisé non relu

SCÈNE $|JJ

Les Mêmes, BERNARD, FpA^'CINE.

Bernard parait en haut de l’escalier en même temps qu’André fait leu sur le Spectre par la fenêtre. 11 fait jour.

LE DH AC, sans voir Bernard.

Tombé?

ANDRÉ

Oui.

LE QRAC, regardant avec jpi:»

Sanglant, meurtri, défigure 1

BERNARD

Qui donc ?

ANDRÉ et LE DRAC, ensemble.

Bernard! lui!

BERNARD

Mais oui, moi ! Ne m’avez-vous pas mis le signal ?

Non, ce n’est pas lui, c’est un fantôme !

LE DRAC

Oui, oui, le fantôme! Bernarçl n’est plus, voyez! Vois, Francine, il est là, brisé... Celui dont tu tiens la main est un spectre !

FRANCINE, avec enthousiasme.

Non ! je la tiens bien, sa main fidèle e! honnête ! Ma mpre a prié pour lui, et pour toi aussi, pauvre drac; tu vas être délivré, j^en suis sûre!

LE DRAC

Non.

ANDRÉ

Le drac ! Bernard ! un double !

FRANCINE, empêchant Bernard d’aller U la fenêtre.

Ne regarde pas, Bernard !

LE DRAC, 5 la fenêtre.

Il n y est plus, le rôve s’est évanoui au premier rayon du

THÉÂTRE DE NOHANT soleil. Le soleil! il vient, il monte, il dissipe les terreurs de la nuit, et, jusqu’à ce soir, je ne peux plus les évoquer I...

Sors d’ici, maudit!

LE DRAC

Laissez, laisscz-moi I Pour aujourd’hui, je suis assez châtié : mon pouvoir s’est tourné contre moi-même, et j’ai été le jouet du spectre qui devait m’obéir; mais vous ne pouvez rien contre moi, vous autres, et, chaque nuit, je viendrai troubler vos fêtes et empoisonner vos joies. Le premier-né de votre amour m’appartient. Je troublerai sa raison, je lui prendrai son âme! Francine, tu pleureras sur un berceau, tu pleureras des larmes de sang !

BERNARD, menaçant.

Malheureux !... Tiens, va-t’en !

FRANCINE, le retenant.

Ton vœu, Bernard 1 (Le Drac tombe à demi, comme épuisé.)

BERNARD

C’est vrai, oui; mais voyez donc comme il devient pâle! Ses yeux se perdent...

FRANCINE

Est-ce qu’il va, est-ce qu’il peut mourir ?

LE DRAC, luttant contre une force invisible.

Non, c’est cette âme embrasée qui s’échappe... Le corps veut lutter, il luttera... Qu’est-ce donc? La mer m’appelle!... Non, je ne veux pas! Je resterai ici... Je... O terre, retiensmoi! Je ne suis pas vengé! Ah! le soleil! Rayon terrible!.,. Pitié!... La merî... Dieu! (il fait.)

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