‹ Théâtre de NohantChapitre 60 sur 208 · MERCURE, PLUTUS · texte numérisé non relu

MERCURE, PLUTUS

MERCURE

Ah çà ! vieux fou, est-ce une plaisanterie ? Prétends-tu demeurer ici, déserter ton poste, m’abandonner aux embarras des affaires et passer tes jours dans la fainéantise ?

PLUTUS

Écoute donc, Mercure, je me trouve très-bien ici... Ces

LE DIEU PLUTUS

paysans font dos vœux si modestes, que j’aurai peu do peine à les contenter.

MERCURE

Oui, le premier jour, parce qu’ils ne connaissent pas l’emploi des richesses; mais ils seront bientôt dévorés d’une soif ardente, et ils te feront travailler comme un esclave !

PLUTUS

S’ils ont soif, que Bacchus les désaltère ! Ils me demandent ce que je no puis leur donner; je ne suis pas chargé delà fécondité du sol. Je leur promettrai tout ce qu’ils voudront; ils me nourriront, ils m’engraisseront, et je vivrai dans un doux repos.

MERCURE

Mais songe donc que je no puis souffrir celai Depuis hier que tu es absent de la cité, tout dépérit déjà. Les marchands voient leurs boutiques désertes. Les gros commerçants tremblent devant le spectre de la banqueroute assis à leurs comptoirs. Les avocats ne veulent plus défendre leurs clients, ni les médecins assister leurs malades; les juges menacent de rendre des arrêts équitables, les courtisanes parlent de devenir vestales. On ne peut plus corrompre la jeunesse ; les espions et les dénonciateurs veulent se pendre ! Que veux-tu que je devienne sans toi, moi le nerf des échanges et l’agent des transactions? Yeux-tu donc déplacer le foyer de l’activité humaine 'et donner la suprématie à ces grossiers paysans, ennemis des arts, du luxe, de l’élégance et du beau langage?

PLUTUS

Tout ce que tu dis là ne me touche pas. Je suis ici par l’ordre de Jupiter, et j’y reste.

Jusqu’à ce soir.

PLUTUS

Toujours.

MERCURE

Mais songe à l’avarice des paysans ! Ils te lieront à un joug, ils t’enfouiront dans les cavernes !

PLUTUS

N’ai-je pas été enterré vivant dans les murailles des temples et dans les caves des usuriers ? J’aime encore mieux cela que les voyages auxquels tu me condamnes. J’en ai assez, je suis trop vieux.

MERCURE

C’est ton dernier mot ?

PLUTU8.

Le dernier. Laisse-moi. Va-t’en.

MERCURE, à part.

Eh bien, c’est ce que nous verrons 1 SCÈNE IV

MERCURE, PLUTUS, CHRÉMYLE, M Y RTO, avec nnc corbeille, BACTIS et CARION, au fond.

MERCURE, à Chrémyle.

Allons, mon ami, emmène Plutus et fête sa guérison. Il te doit la lumière, demande-lui l’opulence.

MVRTO, à Chrémyle.

Attendez, mon père. Je dois, suivant l’usage, honorer la tète do votre hôte. (Elle répand sur la tête de Plutus les fleurs de sa corbeille, et lui dit à voix basse en se courbant devant lui.) Dieu des

richesses, donne-moi, on retour de cet hommage, une grosse bourse pleine d’or I (Chrémyle, un peu au fond, donne des ordres à ses esclaves.)

PLUTUS

Oui, oui, plus tard.

MERCURE, à Myrto.

Sache qu’il promet toujours, et qu’il tient le moins possible.

MYRTO

Plutus, au nom de ma mère, qui m’a dit de t’implorer, et qui se donne beaucoup de mal pour te bien recevoir, accordemoi ce que je te demande.

LE DIEU PLUTUS

PLUTUS, montrant Mercure.

Demande à celui-ci, qui est porteur de ma bourse.

MERCURE, montrant nne grande bourse de cuir toute plate.

Ne vois-tu pas que tu l’as laissée vide ?

PLUTUS, prônant la bourse.

Eh bien, attends, (il souffle dans la bourse, qui se gonfle, et la donne à Myrto.) Laisse-moi tranquille, à présent ! (Haut.) Allons dîner.

CHRÉMYLE

Oui, oui, Plutus, je brûle de te posséder dans ma maison et de te présenter ce que j’ai de plus cher au monde, ma femme, mes enfants,... après toi pourtant I

PLUTUS

Après moi ?

CHRÉMYLE

Que veux-tu 1 on te doit la vérité !

CARION

Et moi, je te chéris... presque autant que moi-même. Ohé! ohé ! évohé 1 (ils sortent.)

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