ACTE IV, SCENE I. I
Le fecret eft fort beau, mais vous l'appliquez mal. Il ne fait réùlîir qu'auprès d'une coquette.
DORANTE
Je fçay ce qu'eft Lucrèce, elle eft fage & discrette,
A luy faire prefent mes efforts feroient vains,
Elle a le cœur trop bon, mais fes gens ont des mains,
Et bien que fur ce point elle les defavouë,
Avec un tel fecret leur langue fe dénoue,
Ils parlent, & fouvent on les daigne écouter.
A tel prix que ce foit il m'en faut acheter.
Si celle-cy venoit qui m'a rendu fa lettre,
Après ce qu'elle a fait j'ofe tout m'en promettre,
Et ce fera hazard fi fans beaucoup d'effort
Je ne trouve moyen de luy payer le port.
Certes, vous dites vray, j'en juge par moy-mefme, Ce n'eft point mon humeur de refufer qui m'aime, Et comme c'eft m'aimer que me faire prefent, Je fuis toujours alors d'un esprit complaifant.
DORANTE
Il eft beaucoup d'humeurs pareilles à la tienne.
CLITON
Mais, Monfieur, attendant que Sabine furvienne,
Et que fur fon esprit vos dons fartent vertu,
Il court quelque bruit fourd qu'Alcippe s'eft batu.
Ij4 LE MENTEUR.
DORANTE
Contre qui?
L'on ne fçait, mais ce confus murmure D'un air pareil au voftre à peu près le figure, Et fi de tout le jour je vous avois quitté, Je vous foupçonnerois de cette nouveauté.
DORANTE
Tu ne me quittas point, pour entrer chez Lucrèce?
CLITON
Ah, Monûeur, m'auriez-vous joué ce tour d'adreffe?
DORANTE
Nous nous batifmes hier, & j'avois fait ferment De ne parler jamais de cet événement, Mais à toy, de mon cœur l'unique fecrétaire, A toy, de mes fecrets le grand dépoûtaire, Je ne celeray rien puisque je l'ay promis.
Depuis cinq ou Gx mois nous étions ennemis, Il paiïa par Poitiers où nous prifmes querelle, Et comme on nous fit lors une paix telle-quelle, Nous fçeufmes l'un à l'autre en fecret protester Qu'à la première veuë il en faudroit tafter. Hier nous nous rencontrons, cette ardeur fe réveille, Fait de noftre embraffade un appel à l'oreille, Je me défais de toy, j'y cours, je le rejoins, Nous vuidons fur le pré l'affaire fans témoins,