‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 115 sur 277 · CLARICE, LUCRECE, SABINE · texte numérisé non relu

CLARICE, LUCRECE, SABINE

CLARICE

Il t'en veut tout de bon, & m'en voila défaite, Mais je fouffre aifément la perte que j'ay faite. Alcippe la répare, & fon père eft icy.

LUCRECE

Te voila donc bien-toft quitte d'un grand foucy ?

CLARICE

M'en voila bien-toft quitte, & toy, te voila prefte A t'enrichir bien-toft d'une étrange conquefte. Tu fçais ce qu'il m'a dit.

SABINE

S'il vous mentoit alors, A prefent il dit vray, j'en réponds corps pour corps.

CLARICE

Peut eftre qu'il le dit, mais c'eft un grand peut eftre.

LUCRECE

Dorante eft un grand fourbe & nous l'a fait connoiftre, Mais s'il continuoit encor à m'en conter, Peut eftre avec le temps il me feroit douter.

Si tu l'aimes, du moins étant bien avertie, Pren bien garde à ton fait, & fay bien ta partie .

LUCRECE

C'en eft trop, & tu dois feulement prefumer Que je panche à le croire, & non pas à l'aimer.

De le croire à l'aimer la distance eft petite, Qui fait croire fes feux fait croire fon mérite, Ces deux points en amour fe fuivent de fi près, Que qui fe croit aimée aime bien-toft après.

LUCRECE

La curiofité fouvent dans quelques âmes

Produit le mefme effet que produiroient des fiâmes.

CLARICE

Je fuis prefte à le croire, afin de t'obliger.

Vous me feriez icy toutes deux enrager. Voyez, qu'il eft befoin de tout ce badinage! Faites moins la fucrée, & changez de langage, Ou vous n'en cafferez, ma foy, que d'une dent.

LUCRECE

Laiffons-là cette folle, & dy-moy cependant. Quand nous le vifmes hier dedans les Thuilleries,

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