‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 117 sur 277 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

GERONTE, PHILISTE.

Je ne pouvois avoir rencontre plus heureufe Pour fatisfaire icy mon humeur curieufe. Vous avez feuilleté le Digeste à Poitiers, Et veu comme mon fils les gens de ces quartiers, Ainfi vous me pouvez facilement apprendre Quelle eft, & la famille, & le bien de Pyrandre.

PHILISTE

Quel eft-il, ce Pyrandre?

GERONTE.

Un de leurs citoyens, Noble à ce qu'on m'a dit, mais un peu mal en biens.

PHILISTE

Il n'eft dans tout Poitiers Bourgeois ny Gentilhomme, Qui (fi je m'en fouviens) de la forte fe nomme.

iq3 IE MENTEUR.

GERONTB.

Vous le connoiftrez mieux peut eftre à l'autre nom, Ce P)rrandre s'appelle autrement Armédon.

PHILISTE

Auffi peu l'un que l'autre.

GEROXTE.

Et le père d'Orphife, Cette rare beauté qu'en ces lieux mefme on prife? Vous connoiffez le nom de cet objet charmant Qui fait de ces cantons le plus digne ornement?

PHILISTE

Croyez que cette Orpbife, Armédon, & Pyrandre, Sont gens dont à Poitiers on ne peut rien apprendre. S'il vous faut fur ce point encor quelque garand...

En faveur de mon fils vous faites l'ignorant, Mais je ne fçay que trop qu'il aime cette Orphife, Et qu'après les douceurs d'une longue hantife On Ta feul dans fa chambre avec elle trouvé ; Que par fon pistolet un defordre arrivé L'a forcé fur le champ d'époufer cette belle : Je fçay tout, & de plus ma bonté paternelle M'a fait y confentir, & voftre esprit discret N'a plus d'occaûon de m'en faire un fecret.

PHILISTE

Quoy, Dorante a fait donc un fecret mariage !

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