‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 141 sur 277 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

DORANTE, CLITON

DORANTE

Cette fille eft jolie, elle a l'esprit gaillard.

J'en estime l'humeur, j'en aime le vifage,

Mais plus que tous les deux, j'adore fon melî'age.

DORANTE

C'eft celle dont il vient qu'il en faut estimer, C'eft elle qui me charme, & que je veuxaimer.

CLITOX.

Quoyr'vous voulez, Monfieur, aimer cette inconnue

DORANTE

Ouy, je la veux aimer. Cliton.

CLITOX.

Sans l'avoir veuë?

DORANTE

Un fi rare bien-fait en un befoin preffant S'empare puiffamment d'un cœur reconnoiffant, Et comme de foy-mefme il marque un grand mérite. Deffous cette couleur il parle, il follicite, Peint l'objet aufii beau, qu'on le voit généreux, Et fi l'on n'eft ingrat, il faut eftre amoureux.

Voftre amour va toujours d'un étrange caprice. Dès l'abord autrefois vous aimaftes Clarice, Celle-cy fans la voir; mais, Monfieur, voftre nom, Luy deviez- vous l'apprendre, & fi-toft?

Pourquoy non?

J'ay crû le devoir faire, & l'ay fait avec joye.

Il eft plus décrié, que la fauffe monnoye.

DORANTE

Mon nom?

C LIT ON

Ouy, dans Paris en langage commun Dorante, & le Menteur à prefent ce n'eft qu'un,

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