SCENE
DORANTE, CLITON
Comment va maintenant l'amour, ou la folie? Cette Dame obligeante au vifage inconnu, Qui s'empare des cœurs avec fon ievenu, Eft-elle encor aimable? a-t'elle encor des charmes: Par générofité luy rendons-nous les armes?
DORANTE
Cliton, je la tiens belle, & m'ofe figurer Qu'elle n'a rien en foy qu'on ne puifle adorer. Qu'en imagines-tu?
J'en fais des conje&ures, Qui s'accordent fort mal avecqu; vos figures. Vous payer par avance, & vous cacher fon nom, Quoy que vous prefumiez, ne marque rien de bon. A voir ce qu'elle a fait, & comme elle procède, Je jurerois, Monfieur, qu'elle eft ou vieille, ou laide, Peut eftre l'une & l'autre, & vous a regardé Comme un galand commode, & fort incommodé.
DORANTE
Tu parles en brutal.
CLITON
Vous en vifionnaire.
Mais fi je difois vray, que prétendez- vous faire?
DORANTE
Envoyer, & la Dame, & les amours au vent.
CLITON
Mais vous avez reçeu, quiconque prend fe vend.
Quitte pour luy jetter fon argent à la tefte.
A Cï H II, SC E N E V.
C LIT ON
Le compliment eft doux, & la défaite honnefte. Tout de bon à ce coup vous êtes converty. Je le foûtiens, Monfieur, le Proverbe a menty. Sans fcrupule autrefois, témoin voftre Lucrèce, Vous emportiez l'argent, & quittiez la MaitrefTe ; Mais Rome vous a fait fi grand homme de bien, Qu'à prefent vous voulez rendre à chacun le fien. Vous vous êtes instruit des cas de conscience.
DORANTE
Tu m'embrouilles l'esprit faute de patience;
Deux ou trois jours peut eftre, un peu plus, un peu moins
Eclairciront ce trouble, & purgeront ces foins.
Tu fçais qu'on m'a promis que la beauté qui m'aime
Viendra me rapporter fa réponfe elle-mefme.
Voy déjà fa fervante, elle revient.
Tant pis, Dûffiez-vous enrager, c'ell ce que je vous dis, Si fréquente ambaffade, & MaitrefTe invifible, Sont de ma conjecture une preuve infaillible. Voyons ce qu'elle veut, & fi fon pafTe-port Eft auffi-bien fourny comme au premier abord.
Veux-tu qu'à tous momens il pleuve des pistolles
CLITON
Q.u'avons-nous, fans cela, befoin de fes paroles?