‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 166 sur 277 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

* CLEANDRE.

Je ne fçaurois vous taire En quel heureux état fe trouve voftre affaire.

Vous fortirez bien-toft, & peut-eftre demain, Mais un fi prompt fecours ne vient pas de ma main, Les amis de Philiste en ont trouvé la voye, J'en doy rougir de honte au milieu de ma joye, Et je ne fçaurois voir fans eftre un peu jaloux Qu'il m'ofte les moyens do m'employer pour vous. Je cède avec regret à cet amy ridelle, S'il a plus de pouvoir, il n'a pas plus de zélé, Et vous m'obligerez au fortir de prifon De me faire l'honneur de prendre ma maifon. Je n'attens point le temps de voftre délivrance De peur qu'encor un coup Philiste me devance ; Comme il m'ofte aujourd'huy l'espoir de vous fervir, Vous loger, eft un bien que je luy veux ravir.

C'eft un excès d'honneur que vous me voulez rendre, Et je croirois faillir, de m'en vouloir défendre.

CLEANDRE.

Je vous en repriray quand vous pourrez fortir, Et lors nous tafeherons à vous bien divertir, Et vous faire oublier l'ennuy que je vous caufe.

Auriez-vous cependant befoin de quelque chofe? Vous êtes voyageur, & pris par des Sergens, Et quoy que ces Meflïeurs fuient fort honneftes gens, 11 en cft quelques-uns...

Les liens en font du nombre.

Ils ont en le prenant pillé jusqu'à fon ombre, Et n'étoit que le Ciel a fçeu le foulager, Vous le verriez encor fort net & fort léger, Mais comme je pleurois fes tristes avantures, Nous avons reçeu lettre, argent, & confitures.

CLEANDRE.

Et de qui ?

DORANTE

Pour le dire, il faudroit deviner.

Jugez ce qu'en ma place on peut s'imaginer.

Une Dame m'écrit, me flate, me régale, Me promet une amour qui n'eut jamais d'égale. Me fait force prefens...

CLE AND KL

Et vous viiiter

Non.

CLEANDRE.

Vous fçavez fon logis?

DORANTE

Non pas mefme fon nom.

Ne foupçonnez-vous point ce que ce pourroit eftrer

Page 1