‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 177 sur 277 · ACTE UT, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE UT, SCENE V

CLITON

Elle eft belle, ou je meure.

DORANTE

Elle te femble belle?

Et fi parfaitement, Que j'en fuis mefme encor dans le raviffement, Encor dans mou esprit je la vois & l'admire, Et je n'ay fçeu depuis trouver le mot à dire.

DORANTE

Je fuis ravy de voir que mon élection Ait enfin mérité ton approbation.

Ah, pleuft à Dieu, Monfieur, que ce fuft la fervante! Vous verriez comme quoy je la trouve charmante, Et comme pour l'aimer je ferois le mutin.

DORANTE

Admire en cet amour la force du Destin.

J'admire bien plûtoft voftre adreffe ordinaire,

Qui change en un moment cette Dame en Lingére.

DORANTE

C'étoit néceffité dans cette occafion.

De crainte que Philiste euft quelque vifion, S'en formaft quelque idée, & la pûft reconnoiftre.

Cette Métamorphofe eft de vos coups de maiftre, Je n'en parlera)' plus, Monfieur, que cette fois, Mais en un demy-jour contez déjà pour trois, Un coupable honnefte homme, un portrait, une Dame A fon premier métier rendent foudain voftre ame ; Et vous fçavez mentir par générofité, Par adreffe d'amour, & par neceffité.

Quelle converfion !

DORANTE

Tu fais bien le févére.

Non, non, à l'avenir je fais vœu de m'en taire, J'aurois trop à conter.

Conferver un fecret, Ce n'eft pas tant mentir, qu'eftre amoureux discret, L'honneur d'une MaîtrefTe aifément y dispofe.

Ce n'eft qu'autre prétexte, & non pas autre chofe. Crovez-mov, vous mourrez, Monfieur, dans voftre pe; Et vous mériterez cet illustre tombeau, Cette digne oraifon que n'aguére j'ay faite : Vous vous en fouvenez, fans que je la répète.

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