SCENE VI
Vous ne luy difiez pas que fon amour vous charme? Qu'aucuns feux à vos feux ne peuvent s'égaler?
MELISSE.
J'ay tenu ce discours, mais j'ay crû vous parler. N'étes-vous pas Dorante?
DORANTE
Ouy, je le fuis, Madame, Le malheureux témoin de voftre peu de fkme. Ce qu'un moment fit naiftre un autre l'a détruit, Et l'ouvrage d'un jour fe perd en une nuit.
L'erreur n'eft pas un crime, & voftre aimable idée Régnant fur mon esprit m'a fi bien poffédée, Que dans ce cher objet le fien s'eft confondu, Et lors qu'il m'a parlé je vous ay répondu. En fa place tout autre euft paffé pour vous-mefme. Vous verrez par la fuite à quel point je vous aime; Pardonnez cependant à mes esprits déçeus, Daignez prendre pour vous les vœux qu'il a reçeus, Ou fi manque d'amour voftre foupçon perfiste...
DORANTE
N'en parlons plus de grâce, & parlons de Philiste, 11 vous fert, & la nuit me l'a trop découvert.
Dites qu'il m'importune & non pas qu'il me fert, N'en craignez rien, Adieu, j'ay peur qu'il ne revienne.
DOKANTE.
Où voulez-vous demain que je vous entretienne? Je dois eftre élargy.
Je vous feray fçavoir Dès demain chez Cléandre où vous me pourrez voir.
DORANTE
Et qui vous peut fi-toft apprendre ces Nouvelles?
MELISSE.
Et ne fçavez-vous pas que l'Amour a des aines ?
DORANTE
Vous avez habitude avec ce Cavalier.
Non, je fçais tout cela d'un Esprit familier. Soyez moins curieux, plus fecret, plus modeste. Sans ombrage, & demain nous parlerons du reste.
dorante feul.
Comme elle eft ma Maîtreffe, elle m'a fait leçon, Et d'un foupçon je tombe en un autre foupçon, Lors que je crains Cléandre, un amy me traverfe, Mais nous avons bien fait de rompre le commerce. Je croy l'entendre.