‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 194 sur 277 · ACTE IV, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII

Aujourd'huy mefme erreur trompe cette Maîtreffe, Et vous n'avez point eu de pareils rendez-vous, Sans faire une jaloufe, ou devenir jaloux.

DORANTE

Je n'ay pas lieu de Tertre, & n'en fors pas fort triste.

c LIT ON.

Vous pourrez maintenant fçavoir tout de Philiste.

DORANTE

Cliton, tout au contraire, il me faut l'éviter, Tout eft perdu pour moy, s'il me va tout conter. De quel front oferois-je après fa confidence Souffrir que mon amour fe mift en évidence? Après les foins qu'il prend de rompre ma prifon, Aimer en mefme lieu femble une trahifon. Voyant cette chaleur qui pour moy l'intéreffe, Je rougis en fecret de fervir fa Maîtreffe, Et croy devoir du moins ignorer fon amour, Jusqu'à ce que le mien ait pu paroiftre au jour. Déclaré le premier je l'oblige à fe taire, Ou fi de cette flame il ne fe peut défaire, Il ne peut refufer de s'en remettre au chois De celle dont tous deux nous adorons les loix.

Quand il vous préviendra, vous pouvez le défendre Auffi-bien contre luv, comme contre Cléandre.

Contre Cléandre & luy je n'ay pas mefme droit, Je dois autant à l'un, comme l'autre me doit, Et tout homme d'honneur n'eft qu'en inquiétude, Pouvant eftre fuspect de quelque ingratitude. Allons nous repofer, la nuit & le fommeil Nous pourront inspirer quelque meilleur confeil.

Fin du quatrième Acle.

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