‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 196 sur 277 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

Tu ne veux pas l'entendre; Voy quelle eft fa méthode, & tafche de la prendre. Ses attraits tout-puiffants ont des avant-coureurs, Encor plus fouverains à luy gagner les cœurs, Mon maiitre fe rendit à ton premier meffage; Ce n'eft pas qu'en effet je n'aime ton vifage, Mais l'amour aujourd'huy dans les cœurs les plus vains Entre moins par les yeux, qu'il ne fait par les mains, Et quand l'objet aimé voit les fiennes garnies, Il voit en l'autre objet des grâces infinies, Pourrois-tu te réfoudre à m'attaquer ainfi?

LYSE

J'en voudrois eftre quitte à moins d'un grand-mercy.

CLITON

Ecoute, je n'ay pas une ame intéreffée, Et je te veux ouvrir le fond de ma penfée.

Aimons-nous but-à-but, fans foupçon, fans rigueur, Donnons ame pour ame, 6V rendons cœur pour cœur.

LYSE

J'en veux bien à ce prix.

CLITON

Donc fans plus de langage, Tu veux bien m'en donner quelques baifers pour gage?

LYSE

Pour l'ame, & pour le cœur, tant que tu les voudras,

Mais pour le bout du doigt ne le demande pas. Un amour délicat hait ces faveurs groffiéres, Et je t'ay bien donné des preuves plus entières. Pourquoy me demander des gages fuperflus? Ayant l'ame <Sc le cœur, que te faut-il de plus?

CLITON'

J'ay le gouft fort groffier en matière de flame, Je fçais que c'eft beaucoup qu'avoir le cœur, & l'ame, Mais je ne fçais pas moins qu'on a fort peu de fruit Et de l'ame, & du cœur, fi le reste ne fuit.

Et quoy, pauvre ignorant, ne fçais-tu pas encore Qu'il faut fuivre l'humeur de celle qu'on adore, Se rendre complaifant, %7ouloir ce qu'elle veut?

Si tu n'en veux changer c'eft ce qui ne fe peut. Dequoy me guériroient ces gages invifibles? Comme j'ay l'esprit lourd, je les veux plus fenfibles, Autrement, marché nul.

Ne defespére point, Chaque chofe a fon ordre, & tout vient à fon point, Peut-eftre avec le temps nous pourrons-nous connoiftre. Appren-moy cependant qu'eft devenu ton mairlre.

Il eft avec Philiste allé remercier

Ceux que pour fon affaire il a voulu prier.

acti: v, scène ii. 335

Je croy qu'il eft ravy de voir que fa Maîtreffe Eft la fceur de Cléandre, & devient fon hofteffe?

CLITON

Il a raifon de l'eftre, & de tout espérer.

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