ACTE II, SCENE II
J'en crains une révolte, & que las d'obéir, Comme je les trahis, ils ne m'ofent trahir.
Voila, pour vous montrer mon ame toute nue, Ce qui m'a fait bannir Didyme de ma veuë ; Je crains d'en recevoir quelque coup d'œil fatal, Et chaiTe un ennemy dont je me défens mal. Voila quelle je fuis, & quelle je veux eftre, La raifon quelque jour s'en fera mieux connoiftre, Nommez-la cependant vertu, caprice, orgueil, Ce deffein me fuivra jusque dans le cercueil.
CLEOBULE .
Il peut vous y pouffer, fi vous n'y prenez garde. D'un œil envenimé Marcelle vous regarde, Et fe prenant à vous du mauvais traitement Que fa fille à fes yeux reçoit de voftre Amant, Sa jaloufe fureur ne peut eftre affouvie, A moins de voftre fang, à moins de voftre vie. Ce n'eft plus en fecret que frémit fon couroux, Elle en parle tout haut, elle s'en vante à nous, Elle en jure les Dieux, & ce que j'appréhende, Pour ce triste fujet fans doute elle vous mande. Dans un péril fi grand faites un Protecteur.
Si je fuis en péril, Placide en eft l'autheur. L'amour qu'il a pour moy luy feul m'y précipite, C'eft par là qu'on me hait, c'eft par là qu'on s'irrite, On n'en veut qu'à fa flame, on n'en veut qu'à fon chois, C'eft contre luy qu'on arme, ou la force, ou les loix, Tous les vœux qu'il m'adreffe avancent ma ruine,
Et par une autre main c'eft luy qui m'affaffme.
Je fçais quel eft mon crime, & je ne doute pas Du prétexte qu'aura l'Arreft de mon trépas, Je l'attens fans frayeur, mais dequoy qu'on m'accufe, S'il portoit à Flavie un cœur que je refufe, Qui veut finir mes jours, les voudroit protéger, Et par ce changement, il feroit tout changer. Mais mon péril le flate, & fon cœur en espère Ce que, jusqu'à prefent, tous fes foins n'ont pu faire, Il attend que du mien j'achète fon appuy; J'en trouveray peut eftre un plus puiffant que luy : Et s'il me faut périr, dites-luy qu'avec joye Je cours à cette mort où fon amour m'envoye, Et que par un exemple affez rare à nommer, Je périray pour luy, fi je ne puis l'aimer.
CLEO BU LE.
Ne vous pas mieux fervir d'un amour fi fidelle, C'eft...
Quittons ce discours, je voy venir Marcelle.