ACTE III, SCENE V
Que fans moy vous feriez facrilége, ou parjure : Je vous en ay fait grâce, en luy laiflant le jour, Et j'épargne du moins un crime à voftre amour.
Triomphez-en dans l'ame, & tafchez de paroiftre
Moins infenfible aux maux que vous avez fait naiftre.
En l'état où je fuis, c'eft une lafcheté
D'infulter aux malheurs où vous m'avez jette,
Et l'amertume enfin de cette raillerie
Tourneroit aifément ma douleur en furie.
Si quelque espoir arrête, & fuspend mon couroux,
Il ne peut eftre grand, puisqu'il n'eft plus qu'en vous
En vous que j'ay traitée avec tant d'infolence,
En vous de qui la haine a tant de violence,
Contre ces malheurs mefme, où vous m'avez jette
J'espère encor en vous trouver quelque bonté.
Je fais plus, je l'implore, & cette amc fi fiére
Du haut de fon orgueil descend à la prière,
Après tant de mépris, s'abaiffe pleinement,
Et de voftre triomphe achève l'ornement.
Voyez ce qu'aucun Dieu n'euft ofé vous promettre, Ce que jamais mon cœur n'auroit crû fe permettre. Placide fuppliant, Placide à vos genoux, Vous doit eftre, Madame, un fpedacle affez doux, Et c'eft par la douceur de ce mefme fpeâacle Que mon cœur vous demande un auifi grand miracle. Arrachez Théodore aux honte.s d'un Arreft Qui méfie avec le fien mon plus cher intéreft, Toute ingrate, inhumaine, inflexible, Chrétienne,
Madame, elle eft mon chois, & fa gloire eft la mienne,
S'il faut qu'elle fubiffe une fi dure loy,
Toute l'ignominie en rejallit fur moy,
Et je n'ay pas moins qu'elle à rougir d'un fupplice
Qui prophane l'Autel où j'ay fait facrifice,
Et de l'illustre objet de mes plus faints defirs
Fait l'infâme rebut des plus fales plaifirs.
S'il vous demeure encor quelque espoir pour Flavie,
Confervez-moy l'honneur, pour conferver fa vie,
Et fongez que l'affront où vous m'abandonnez
Deshonore l'époux que vous luy destinez.
Je vous le dis encor, fauvez-moy cette honte,
Ne defespérez pas une ame qui fe dompte,
Et par le noble effort d'un généreux employ,
Triomphez de vous-mefme auffi-bien que de moy.
Théodore eft pour vous une utile ennemie,
Et fi, proche qu'elle eft de choir dans l'infamie,
Ma plus fincére ardeur n'en peut rien obtenir,
Vous n'avez pas beaucoup à craindrç l'avenir.
Le temps ne la rendra que plus inexorable,
Le temps détrompera peut-eftre un miférable;
Daignez luy donner lieu de me pouvoir guérir,
Et ne me perdez pas, en voulant m'acquérir.
MARCELLE
Quoy, vous voulez enfin me devoir voftre gloire ! Certes un tel miracle eft difficile à croire, Que vous, qui n'aspiriez qu'à ne me devoir rien, Vous me vouliez devoir un fi précieux bien. Mais comme en fes defirs aifément on fe flate.