ACTE IV, SCENt IV
Si fes yeux l'ont trompé, l'erreur eft légitime, Et fi vous n'en fçavez que ce qu'il vous a dit, Ecoutez-en, Seigneur, un fidelle récit.
Vous ignorez encor la meilleure partie ; Sous l'habit de Didyme elle-mefme eft fortie.
PLACIDE
Qui?
CLEOBULE.
Voftre Théodore, & cet audacieux Sous le fien au lieu d'elle eft resté dans ces lieux.
PLACIDE
Que dis-tu, Cléobule? ils ont fait cet échange?
CLEOBULE.
Ceft une nouveauté qui doit fembler étrange...
PLACIDE
Et qui me porte encor de plus étranges coups. Voy fi c'eft fans raifon que j'en étois jaloux, Et malgré les avis de ta fauffe prudence, Juge de leur amour par leur intelligence.
CLEOBULE.
J'ofe en douter encore, <Sc je ne voy pas bien Si c'eft zélé d'Amant, ou fureur de Chrétien.
PLACIDE
Non non, ce téméraire au péril de la telle
A mis en feureté fon illustre conquefte,
Par tant de feints mépris, elle qui t'abufoit
Luy confervoit ce cœur qu'elle me refufoit,
Et fes dédains cachoient une faveur fecrette
Dont tu n'étois pour moy qu'un aveugle interprète.
L'œil d'un Amant jaloux a bien d'autres clartez, Les cœurs pour ces foupçons n'ont point d'obscuritez, Son malheur luy fait jour jusques au fond d'une ame, Pour y lire fa perte, écrite en traits de flame. Elle me difoit bien, l'ingrate, que fon Dieu Sçauroit, fans mon fecours, la tirer de ce lieu, Et feure qu'elle étoit de celuy de Didyme A fe fervir du mien elle euft creu faire un crime. Mais auroit-on bien pris pour générofité L'impétùeufe ardeur de fa témérité?
Après un tel affront, & de telles offences, M'auroit-on envié la douceur des vengeances?
CLEOBULE.
Vous le verriez déjà, fi j'avois pu fouffrir Qu'en cet habit de fille on vous le vînt offrir. J'ai crû que fa valeur, & l'éclat de fa race Pouvoient bien mériter cette petite grâce, Et vous pardonnerez à ma vieille amitié Si jusque-là, Seigneur, elle étend fa pitié. Le voicy qu'Amyntas vous amène à main forte.
PLACIDE
Pourray-je retenir la fureur qui m'emporte?