‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 257 sur 277 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Lors que ce cher objet te doit plus que la vie?

Ta courageufe adreffe à fes divins appas

Vient de rendre un fecours que leur devoit mon bras,

Et lors que je me laiffe amufer de paroles,

Tu t'expofes pour elle, ou plûtoft tu t'immoles,

Tu donnes tout ton fang pour luy fauver l'honneur,

Et je ne ferois pas jaloux de ton bonheur?

Mais ferois-je périr celuy qui l'a fauvée? Celuy par qui Marcelle eft pleinement bravée? Qui m'a rendu ma gloire, & préfervé mon front Des infâmes couleurs d'un fi mortel affront? Tu vivras. Toutefois défendray-je ta tefte, Alors que Théodore eft ta juste conquefte, Et que cette beauté qui me tient fous fa loy Ne fçauroit plus fans crime eftre à d'autres qu'à toy? N'importe, fi ta flame en eft mieux écoutée Je diray feulement que tu l'as méritée, Et fans plus regarder ce que j'auray perdu, J'auray devant les yeux ce tu m'as rendu. De mille déplaifirs qui m'arrachoient la vie Je n'ay plus que celuy de te porter envie, Je fçauray bien le vaincre, & garder pour tes feux Dans une ame jaloufe un esprit généreux.

Va donc, heureux rival, rejoindre ta Princeffe, Dérobe-toy comme elle aux yeux d'une TygrefTe, Tu m'as fauve l'honneur, j'affeureray tes jours, Et mourray, s'il le faut, moy-mefme à ton fecours.

Seigneur...

PLACIDE

Ne me dy rien. Après de tels fervices Je n'ay rien à prétendre à moins que tu périiTes, Je le fçais, je l'ay dit , mais dans ce triste état, Je te fuis redevable & ne puis eftre ingrat.

Fin du quatrième AJ!e.

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