PT0L0MEE
Ah! fi je t'avois crû je n'aurois pas de maiftre, Je ferois dans le trofne où le Ciel m'a fait naiftre ; Mais c'eft une imprudence aflez commune aux Rois, D'écouter trop d'avis, & fe tromper au chois. Le Destin les aveugle au bord du précipice, Ou fi quelque lumière en leur ame fe gliffe Cette fauffe clarté dont il les éblouit Les plonge dans un gouffre, & puis s'évanouit.
J'ay mal connu Céfar, mais puisqu'en fon estime
Un fi rare fervice eft un énorme crime,
Il porte dans fon flanc dequoy nous en laver,
C'eft là qu'eft noftre grâce, il nous l'y faut trouver.
Je ne vous parle plus de fouffrir fans murmure,
D'attendre fon départ pour venger cette injure;
Je fçay mieux conformer Jes remèdes au mal.
Justifions fur luy la mort de fon rival,
Et noftre main alors également trempée
Et du fang de Céfar & du fang de Pompée,
Rome, fans leur donner de titres differens,
Se croira par vous feul libre de deux Tyrans.
PTOLOMEE.
Ouy, par là feulement ma perte eft évitable, C'eft trop craindre un Tyran que j'ay fait redoutable, Montrons que fa fortune eft l'œuvre de nos mains, Deux fois en mefme jour dispofons des Romains, Faifons leur liberté comme leur esclavage.