‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 4 sur 277 · PTOLOMEE, PHOTIN, ACHILLAS SEPTIME · texte numérisé non relu

PTOLOMEE, PHOTIN, ACHILLAS SEPTIME

PTOLOMEE.

Le Destin fe déclare, & nous venons d'entendre

Ce qu'il a réfolu du beau-pére & du gendre.

Quand les Dieux étonnez fembloient fe partager,

Pharfale a décide ce qu'ils n'ofoient juger;

Ses fleuves teints de fang & rendus plus rapides

Par le débordement de tant de parricides,

Cet horrible débris d'Aigles, d'armes, de chars,

Sur fes champs empestez confufément épars,

Ces montagnes de morts privez d'honneurs fuprémes,

Que la Nature force à fe venger eux-mefmes,

Et dont les troncs pourris exhalent dans les Vents

Dequoy faire la guerre au reste des vivants,

Sont les titres affreux dont le Droit de l'épée

Justifiant Céfar a condamné Pompée.

Ce déplorable Chef du party le meilleur,

Que fa Fortune laffe abandonne au malheur,

Devient un grand exemple, & laiffe à la mémoire

Des chaugemens du Sort une éclatante histoire.

Il fuit, luy qui toujours triomphant & vainqueur

Vit fes prospéritez égaler fon grand cœur;

Il fuit & dans nos Ports, dans nos murs, dans nos villes.

Et contre fon beau-pére ayant befoin d'aziles,

Sa déroute orgueilleufe en cherche aux mefmes lieux

Où contre les Titans en trouvèrent les Dieux.

Il croit que ce climat, en dépit de la guerre,

Ayant fauve le Ciel, fauvera bien la Terre,

Et dans fon defespoir à la fin fe méfiant,

Pourra prêter l'épaule au Monde chancelant.

Ouy, Pompée avec luy porte le fort du Monde,

Et veut que noftre Egypte en miracles féconde,

Serve à fa liberté de fépulchre, ou d'appuy,

Et relève fa chute, ou trébuche fous luy.

C'eft dequo)', mes amis, nous avons à réfoudre, Il apporte en ces lieux les palmes, ou la foudre, S'il couronna le père, il hazarde le fils, Et nous l'ayant donnée, il expofe Memphis. Il faut le recevoir, ou hafter fon fupplice, Le fuivre, ou le pouffer dedans le précipice :

Page 1