CESAR, CLEOPATRE, ANTOINE
LEPIDE
ACHOREE, CHARMION.
Son courage m'étonne autant que leur audace. Reine, voyez pour qui vous me demandiez grâce.
CLEOPATRE
Je n'ay rien à vous dire, allez, Seigneur, allez
Venger fur ces méchants tant de droits violez.
On m'en veut plus qu'à vous, c'eft ma mort qu'ils respirent,
C'eft contre mon pouvoir que les traiftres conspirent,
Leur rage pour l'abatre attaque mon foûtien,
Et par voftre trépas cherche un paffage au mien.
Mais parmy ces transports d'une juste colère
Je ne puis oublier que leur Chef eft mon frère.
Le fçaurez-vous, Seigneur, & pourray-je obtenir Que ce cœur irrité daigne s'en fouvenir ?
Ouy, je me fouviendray que ce cœur magnanime Au bonheur de fon fang veut pardonner fon crime. Adieu, ne craignez rien, Achillas & Photin Ne font pas gens à vaincre un fi puifTant Destin. Pour les mettre en déroute, eux & tous leurs complices, Je n'ay qu'à déployer l'appareil des fupplices, Et pour foldats choifis envoyer des bourreaux, Qjui portent hautement mes Haches pour Drapeaux. Cèfar rentre avec les Romains.
CLEOPATRE
Ne quittez pas Céfar, allez, cher Achorée, Repouffer avec luy ma mort qu'on a jurée, Et quand il punira nos lafches ennemis, Faites-le fouvenir de ce qu'il m'a promis, Ayez l'œil fur le Roy dans la chaleur des armes, Et confervez fon fang pour épargner mes larmes.
ACHOREE.
Madame, affeurez-vous qu'il ne peut y périr, Si mon zélé & mes foins peuvent le fecourir.
Fin du quatrième Aâe.
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