‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 52 sur 277 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

Je t'avoùray pourtant, comme vraiment Romaine, Que pour toy mon estime eft égale à ma haine, Que l'une & l'autre eft juste, & montre le pouvoir, L'une de ta vertu, l'autre de mon devoir : Que l'une eft généreufe, cv: l'autre intéreffée, Et que dans mon esprit l'une & l'autre eft forcée. Tu vois que ta vertu qu'en vain on veut trahir Me force de prifer ce que je doy haïr, Juge ainfi de la haine où mon devoir me lie, La vefve de Pompée y force Cornélie.

J'irav, n'en doute point au fortir de ces lieux Soulever contre toy les hommes Se les Dieux, Ces Dieux qui t'ont flaté, ces Dieux qui m'ont trompée, Ces Dieux qui dans Pharfale ont mal fervy Pompée, Qui la foudre à la main l'ont pu voir égorger ; Ils connoiftront leur faute, & le voudront venger. Mon zèle à leur refus aidé de fa mémoire Te fçaura bien fans eux arracher la victoire, Et quand tout mon effort fe trouvera rompu, Cléopatre fera ce que je n'auray pu.

Je fçay quelle eft ta flame, & quelles font fes forces, Que tu n'ignores pas comme on fait les divorces, Que ton amour t'aveugle, & que pour l'époufer Rome n'a point de loix que tu n'ofes brifer : Mais fçache auffi qu'alors la jeuneffe Romaine Se croira tout permis fur l'époux d'une Reine, Et que de cet Hymen tes amis indignez Vengeront fur ton fang leurs avis dédaignez. J'empefche ta ruine empefehant tes careffes. Adieu, j'attens demain l'effet de tes promeîfes.

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