‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 66 sur 277 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

DORANTE

Moy-mefme.

ALCIPPE

Et déjà vous avez fait Maitreffe ?

DORANTE

Si je n'en avois fait, j'aurois bien peu d'adrciîe, Moy qui depuis un mois fuis icy de retour. Il eft vray que je fors fort peu fouvent de jour. De nuit incognito je rens quelques vifites, Ainfi...

cliton à Dorante à l'oreille.

Vous ne fçavez, Monfieur, ce que vous dites.

DORANTE

Tay-toy, fi jamais plus tu me viens avertir...

CLITON

J'enrage de me taire, & d'entendre mentir.

philiste à Alcippe tout bas.

Voyez qu'heureufement dedans cette rencontre Voftre rival luy-mefme à vous-mefme fe montre.

dorante revenant à eux.

Comme à mes chers amys je vous veux, tout conter. J'avois pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster. Les quatre contenoient quatre choeurs de Mufique

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Capables de charmer le plus mélancclique :

Au premier violons, en l'autre luts <Sc voix,

Des fluftes au troifiéme, au dernier des hautsbois,

Qui tour à tour dans l'Air pouffoient des harmonies

Dont on pouvoit nommer les douceurs infinies.

Le cinquième étoit grand, tapifle tout exprès

De rameaux enlaflez pour conferver le frais,

Dont chaque extrémité portoit un doux meflange

De bouquets de Jasmin, de Grenade, & d'Orange.

Je fis de ce bateau la Salle du festin ;

Là je menay l'objet qui fait feul mon destin,

De cinq autres beautez la fienne fut fuivie,

Et la collation fut auffi-toft fervie.

Je ne vous diray point les differens apprefts,

Le nom de chaque plat, le rang de chaque mets ;

Vous fçaurez feulement qu'en ce lieu de délices

On fervit douze plats, & qu'on fit fix fervices,

Cependant que les eaux, les rochers, & les airs

Répondoient aux accens de nos quatre concerts.

Après qu'on eut mangé, mille & mille fufées

S'élançant vers les Cieux, ou droites, ou croifées,

Firent un nouveau jour, d'où tant de ferpenteaux

D'un déluge de flame attaquèrent les eaux,

Qu'on creut que pour leur faire une plus rude guerre

Tout l'élément du feu tomboit du Ciel en Terre.

Après ce parle-temps on dança jusqu'au jour

Dont le Soleil jaloux avança le retour ;

S'il euft pris noftre avis, fa lumière importune

N'euft pas troublé fi-toft ma petite fortune,

Mais n'étant pas d'humeur à fuivre nos defirs,

Il fépara la troupe, & finit nos plaifirs.

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