‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 91 sur 277 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Il a fait que fon père eft venu voir le voftre. Un Amant peut-il mieux agir en un moment, Que de gagner un père & brouiller l'autre Amant? Voftre père l'agrée, & le fien vous fouhaite, Il vous aime, il vous plaift; c'eft une affaire faite.

CLARICE

Elle eft faite de vray ce qu'elle fe fera.

ISABELLE

Quoy, voftre cœur fe change, & defobéïra?

CLARICE

Tu vas fortir de garde, & perdre tes mefures, Explique fi tu peux encor fes impostures,

Il étoit marié, fans que l'on en fçeuft rien, Et fon père a repris fa parole du mien, Fort triste de vifage, & fort confus dans l'ame.

ISABELLE

Ah, je dis à mon tour, Qu'il ejl fourbe, Madame!

C'eft bien aimer la fourbe & l'avoir bien en main,

Que de prendre plaifir à fourber fans deffein.

Car pour moy, plus j'y fonge, & moins je puis comprendre

Quel fruit auprès de vous il en ofe prétendre.

Mais qu'allez-vous donc faire & pourquoy luy parler?

Eft-ce à deffein d'en rire, ou de le quereller?

CLARICE

Je prendray du plaifir du moins à le confondre.

l6o LE MENTEUR.

ISABELLE

J'en prendrois davantage à le laifler morfondre.

CLARICE

Je veux l'entretenir par curiofité.

Mais j'entrevoy quelqu'un dans cette obscurité, Et fi c'étoit luy-mefme, il pourroit me connoiftre : Entrons donc chez Lucrèce, allons à fa feneftre, Puisque c'eft fous fon nom que je luy doy parler. Mon jaloux après tout fera mon pis-aller, Si fa mauvaife humeur déjà n'eft apaifée, Sçachant ce que je fçay, k chofe eft fort aifée.

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