ACTE lit, SCENE V
DORANTE
A vos commandemens j'apporte donc ma vie, Trop heureux fi pour vous elle m'étoit ravie, Dispofez-en, Madame, & me dites en quoy Vous avez réfolu de vous fervir de moy.
CLARICE
Je vous voulois tantoft propofer quelque chofe, Mais il n'eft plus befoin que je vous la propofe, Car elle eft impoiîîble.
DORANTE
Impoflïble ! Ah pour vous Je pourray tout, Madame, en tous lieux, contre tous.
CLARICE
Jusqu'à vous marier, quand je fçay que vous l'êtes?
DORANTE
Moy marié! Ce font pièces qu'on vous a faites. Quiconque vous l'a dit s'eft voulu divertir.
clarice à Lucrèce.
Eft-il un plus grand fourbe?
lucrecf. à Clarice.
Il ne fçait que mentir.
DORANTE
Je ne le fus jamais, & fi par cette voye On penfe....
CLARICE
Et vous penfez encor que je vous croye?
DORANTE
Que le foudre à vos yeux m'écrafe fi je mens !
Un menteur eft toujours prodigue de fermens.
DORANTE
Non, fi vous avez eu pour moy quelque penfée Qui fur ce faux rapport puiffe eftre balancée, Ceffez d'eftre en balance & de vous défier De ce qu'il m'eft aifé de vous justifier.
clarice à Lucrèce.
On dirait qu'il dit vray, tant fon effronterie Avec naïveté pouffe une menterie.
DORANTE
Pour vous ofter de doute, agréez que demain En qualité d'époux je vous donne la main.
CLARICE
Eh, vous la donneriez en un jour à deux mille.
DORANTE
Certes vous m'allez mettre en crédit par la ville, Mais en crédit fi grand, que j'en crains les jaloux.