‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 95 sur 277 · ACTE lit, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE lit, SCENE V

DORANTE

A vos commandemens j'apporte donc ma vie, Trop heureux fi pour vous elle m'étoit ravie, Dispofez-en, Madame, & me dites en quoy Vous avez réfolu de vous fervir de moy.

CLARICE

Je vous voulois tantoft propofer quelque chofe, Mais il n'eft plus befoin que je vous la propofe, Car elle eft impoiîîble.

DORANTE

Impoflïble ! Ah pour vous Je pourray tout, Madame, en tous lieux, contre tous.

CLARICE

Jusqu'à vous marier, quand je fçay que vous l'êtes?

DORANTE

Moy marié! Ce font pièces qu'on vous a faites. Quiconque vous l'a dit s'eft voulu divertir.

clarice à Lucrèce.

Eft-il un plus grand fourbe?

lucrecf. à Clarice.

Il ne fçait que mentir.

DORANTE

Je ne le fus jamais, & fi par cette voye On penfe....

CLARICE

Et vous penfez encor que je vous croye?

DORANTE

Que le foudre à vos yeux m'écrafe fi je mens !

Un menteur eft toujours prodigue de fermens.

DORANTE

Non, fi vous avez eu pour moy quelque penfée Qui fur ce faux rapport puiffe eftre balancée, Ceffez d'eftre en balance & de vous défier De ce qu'il m'eft aifé de vous justifier.

clarice à Lucrèce.

On dirait qu'il dit vray, tant fon effronterie Avec naïveté pouffe une menterie.

DORANTE

Pour vous ofter de doute, agréez que demain En qualité d'époux je vous donne la main.

CLARICE

Eh, vous la donneriez en un jour à deux mille.

DORANTE

Certes vous m'allez mettre en crédit par la ville, Mais en crédit fi grand, que j'en crains les jaloux.

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