ACTE III, SCENE VI
Mais comme il s'eft veu feul contre trois adverfaires, Près d'eftre enfermé d'eux, fa fuite l'a fauve.
Le vieil horace.
Et nos foldats trahis ne l'ont point achevé! Dans leurs rangs à ce lafche ils ont donné retraite !
JULIE
Je n'ay rien voulu voir après cette défaite.
CAMILLE
O mes frères !
Le vieil horace.
Tout-beau, ne les pleurez pas tous, Deux joùiffent d'un fort dont leur père eft jaloux. Que des plus nobles fleurs leur tombe foit couverte, La gloire de leur mort m'a payé de leur perte : Ce bonheur a fuivy leur courage invaincu Qu'ils ont veu Rome libre autant qu'ils ont vécu, Et ne l'auront point veuë obéir qu'à fon Prince, Ny d'un Etat voifïn devenir la Province. Pleurez l'autre, pleurez l'irréparable affront Que fa fuite honteufe imprime à noftre front, Pleurez le deshonneur de toute noftre race, Et l'opprobre éternel qu'il laiffe au nom d'Horace.
JULIE
Que vouliez- vous qu'il fift contre trois? Le vieil horace.
Qu'il mouruft,
Ou qu'un beau defespoir alors le fecouruft. N'euft-il que d'un moment reculé fa défaite, Rome euft été du moins un peu plus tard Sujette, Il euft avec honneur laide mes cheveux gris, Et c'étoit de fa vie un aflez digne prix.
Il eft de tout fon fang contable à fa patrie, Chaque goûte épargnée a fa gloire flétrie, Chaque instant de fa vie après ce lafche tour Met d'autant plus ma honte avec la fienne au jour. J'en rompray bien le cours, & ma juste colère, Contre un indigne fils ufant des droits d'un père, Sçaura bien faire voir dans fa punition L'éclatant defaveu d'une telle action.
Ecoutez un peu moins ces ardeurs généreufes, Et ne nous rendez point tout à fait malheureufes
Le vieil h or ace.
Sabine, voftre cœur fe confole aifément, Nos malheurs jusqu'icy vous touchent foiblement, Vous n'avez point encor de part à nos miféres, Le Ciel vous a fauve voftre époux & vos frères, Si nous fommes Sujets, c'eft de voftre pais, Vos frères font vainqueurs, quand nous fommes trahis, Et voyant le haut point où leur gloire fe monte, Vous regardez fort peu ce qui nous vient de honte. Mais voftre trop d'amour pour cet infâme époux Vous donnera bientoft à plaindre comme à nous. Vos pleurs en fa faveur font de foibles défences. J'atteste des grands Dieux les fuprémes PuifTances