‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 113 sur 254 · ACTE IV, SCENE II. 25I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II. 25I

Que parlez-vous icy d'Albe & de la viétoire? Ignorez-vous encor la moitié de l'histoire?

fe vieil horace.

Je fçay que par fa fuite il a trahy l'Etat.

Ouy, s'il euft en fuyant terminé le combat ; Mais on abien-toft veu qu'il ne fuyoit qu'en homme Qui fçavoit ménager l'avantage de Rome.

Le vieil horace.

Quoy, Rome donc triomphe ! I

Apprenez, apprenez La valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez.

Resté feul contre trois, mais en cette avanture, Tous trois étant bleffez, & luy feul fans bleffure, Trop foible pour eux tous, trop fort pour chacun d'eux. Il fçait bien fe tirer d'un pas fi dangereux, Il fuit pour mieux combatre, & cette prompte rufe Divife adroitement trois frères qu'elle abufe. Chacun le fuit d'un pas ou plus ou moins preffé, Selon qu'il fe rencontre ou plus ou moins bleffé ; Leur ardeur eft égale à pourfuivre fa fuite, Mais leurs coups inégaux féparent leur pourfuite.

Horace les voyant l'un de l'autre écartez, Se retourne, & déjà les croit demy-domptez,

Il attend le premier, & c'eftoit voftre gendre.

L'autre tout indigné qu'il ait ofé l'attendre,

En vain en l'attaquant fait paroiftre un grand cœur,

Le fang qu'il a perdu rallentit fa vigueur.

Albe à fon tour commence à craindre un fort contraire,

Elle crie au fécond qu'il fecoure fon frère,

Il fe hafte, & s'épuife en efforts fuperflus.

Il trouve en les joignant que fon frère n'eft plus.

Hélas

Tout hors d'haleine il prend pourtant fa place, Et redouble bien-toft la vi&oire d'Horace, Son courage fans force eft un débile appuy, Voulant venger fon frère il tombe auprès de luy. L'air refonne des cris qu'au Ciel chacun envoyé, Albe en jette d'angoiffe, & les Romains de joye.

Comme noftre Héros fe voit près d'achever, C'eft peu pour luy de vaincre, il veut encor braver. J'en viens d'immoler deux aux Mânes de mes frères, Rome aura le dernier de mes trois adver/aires , C'ejl à fes intèrejls que je vay l'immoler, Dit-il, & tout d'un temps on le voit y voler. La viftoire entr'eux deux n'étoit pas incertaine, L'Albain percé de coups ne fe traifnoit qu'à peine, Et comme une vidime aux marches de l'Autel, Il fembloit prefenter fa gorge au coup mortel. Auffi le reçoit-il, peu s'en faut, fans défence, Et fon trépas de Rome établit la puiffance.

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