‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 162 sur 254 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

AUGUSTE, EUPHORBE, POLYCLETE, Gardes.

Tout ce que tu me dis, Euphorbe, eft incroyable.

EUPHORBE

Seigneur, le récit mefme en paroit effroyable, On ne conçoit qu'à peine une telle fureur, Et la feule penfée en fait frémir d'horreur.

AUGUSTE

Quoy, mes plus chers amis ! quoy, Cinna ! quoy, Maxime ! Les deux que j'honorois d'une fi haute estime, A qui j'ouvrois mon cœur, & dont j'avois fait chois Pour les plus importants, & plus nobles emplois ! Après qu'entre leurs mains j'ay remis mon Empire, Pour m'arracher le jour l'un & l'autre conspire ! Maxime a veu fa faute, il m'en fait avertir, Et montre un cœur touché d'un juste repentir, Mais Cinna!

EUPHORBE

Cinna feul dans fa rage s'obstine, Et contre vos bontez d'autant plus fe mutine : Luy feul combat encor les vertueux efforts Que fur les conjurez fait ce juste remords, Et malgré les frayeurs à leurs regrets méfiées Il tafche à raffermir leurs âmes ébranlées.

AUGU STE.

Luy feul les encourage, & luy feul les féduit ! O le plus déloyal que la Terre ait produit ! O trahifon conçeuë au fein d'une Furie ! O trop fenfible coup d'une main fi chérie ! Cinna, tu me trahis 1 Polydéte, écoutez.

Il luy parle à l'oreille.

POLYCLETE.

Tous vos ordres, Seigneur, feront exécutez.

AUGUSTE

Qu'Eraste en mefme temps aille dire à Maxime Qu'il vienne recevoir le pardon de fon crime.

Polydéte rentre.

EUPHORBE

Il l'a jugé trop grand pour ne pas s'en punir,

A peine du Palais il a pu revenir,

Que les yeux égarez & le regard arouche,

Le cœur gros de foufpirs, les fanglots à la bouche,

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