ACTE IV, SCENE III
Dont Cinna maintenant ofe prendre la place,
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets
Ont voulu s'ennoblir par de fi hauts projets.
Après avoir en vain puny leur infolence,
Effayez fur Cinna ce que peut la clémence,
Faites fon châtiment de fa confufion,
Cherchez le 'plus utile en cette occafion.
Sa peine peut aigrir une ville animée,
Son pardon peut fervir à voftre Renommée,
Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher
Peut-eftre à vos bontez fe bifferont toucher.
Gagnons-les tout à fait en quittant cet Empire Qui nous rend odieux, contre qui l'on conspire ; J'ay trop par vos avis confulté là deffus, Ne m'en parlez jamais, je ne confulté plus.
Ceffe de foufpirer, Rome, pour ta franchife , Si je t'ay mife aux fers, moy-mefme je les brife, Et te rens ton Etat après l'avoir conquis Plus paifible & plus grand que je ne te l'ay pris. Si tu me veux haïr, hay-moy fans plus rien feindre, Si tu me veux aimer, aime-moy fans me craindre : De tout ce qu'eut Sylla de puiffance & d'honneur, Laffé comme il en fut, j'aspire à fon bonheur.
Affez & trop long-temps fon exemple vous âate, Mais gardez que fur vous le contraire n'éclate; Ce bonheur fans pareil qui conferva fes jours Ne feroit pas bonheur, s'il arrivoit toujours.
AUGUSTE
Et bien, s'il eft trop grand, fi j'ay tort d'y prétendre, J'abandonne mon fang à qui voudra l'épandre. Après un long orage il faut trouver un port, Et je n'en voy que deux, le repos, ou la mort.