‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 181 sur 254 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

AUGUSTE, LIVIE, CINNA, iEMILIE FULVIE.

Vous ne connoiffez pas encor tous les complices. Voftre .Emilie en eft, Seigneur, & la voicy.

CINNA

C'eft elle-mefme, ô Dieux !

AUGUSTE

Et toy, ma fille, au (fi !

Ouy, tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour me plaire, Et j'en étois, Seigneur, la caufe, & le falaire.

AUGUSTE

Quoy ! l'amour qu'en ton cœur j'ay fait naiftre aujourd'h T'emporte-t'il déjà jusqu'à mourir pour luy? Ton ame à ces transports un peu trop s'abandonne, Et c'eft trop toft aimer l'Amant que je te donne.

Cet amour qui m'expofe à vos reffentimens N'eft point le prompt effet de vos commandemens, Ces fiâmes dans nos cœurs fans voftre ordre étoient nées, Et ce font des fecrets de plus de quatre années. Mais quoy que je l'aimalTe, & qu'il brûlaft pour moy, Une haine plus forte à tous deux fit la loy : Je ne voulus jamais luy donner d'espérance Qu'il ne m'euft de mon père affeuré la vengeance. Je la luy fis jurer, il chercha des amis; Le Ciel rompt le fuccès que je m'étois promis, Et je vous viens, Seigneur, offrir une victime, Non pour fauver fa vie, en me chargeant du crime, Son trépas eft trop juste après fon attentat, Et toute excufe eft vaine en un crime d'Etat : Mourir en fa prefence, & rejoindre mon père, C'eft tout ce qui m'amène, & tout ce que j'espère.

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