‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 198 sur 254 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

Ah, fans doute, ma fille, il vient pour t'époufer. L'ordre d'un facrifice eft pour luy peu de chofe, C'eft un prétexte faux, dont l'amour eft la caufe.

PAULINE

Cela pourroit bien eftre, il m'aimoit chèrement.

Que ne permettra-t'ii à fon refTentiment? Et jusques à quel point ne porte fa vengeance Une juste colère avec tant de puiffance? Il nous perdra, ma fille.

PAULINE

Il eft trop généreux.

FELIX

Tu veux flater en vain un père malheureux, Il nous perdra, ma fille. Ah, regret qui me tuë, De n'avoir pas aimé la vertu toute nue ! Ah, Pauline, en effet tu m'as trop obéi, Ton courage étoit bon, ton devoir l'a trahy. Que ta rébellion m'euft été favorable ! Qu'elle m'euft garanty d'un état déplorable! Si quelque espoir me reste, il n'eft plus aujourd'huy Qu'en l'abfolu pouvoir qu'il te donnoit fur luy : Ménage en ma faveur l'amour qui le pofféde, Et d'où provient mon mal, fay fortir le remède.

384 POr.YEUCTF.

PAULINE

Moy ! moy, que je revoye un û* puiflant vainqueur, Et m'expofe à des yeux qui me percent le cœur! Mon père, je fuis femme, & je fçay ma foibleffe, Je fens déjà mon cœur qui pour luy s'intéreffe, Et pouffera fans doute en dépit de ma foy Quelque foufpir indigne, & de vous, & de moy, Je ne le verray point.

FELIX

Raffeure un peu ton ame.

PAULINE

Il eft toujours aimable, & je fuis toujours femme. Dans le pouvoir fur moy que fes regards ont eu, Je n'ofe m'aifeurer de toute ma vertu, Je ne le verray point.

Il faut le voir, ma fille, Ou tu trahis ton père, & toute ta famille.

PAULINE

C'eft à moy d'obéir puisque vous commandez, Mais voyez les périls où vous me hazardez.

Ta vertu m'eft connue.

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