‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 212 sur 254 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

POLYEUCTE

J'attens tout de fa Grâce, & rien de ma foibleffe. Mais loin de me prefler, il faut que je vous preffe! D'où vient cette froideur?

NEARQUE.

Dieu mefme a craint la mort.

POLYEUCTE

Il s'eft offert pourtant, fuivons ce faint effort, Dreffons-luy des Autels fur des monceaux d'Idoles. Il faut (je me fouviens encor de vos paroles) Négliger pour luy plaire, & femme, & biens, & rang, Expofer pour fa gloire, & verfer tout fon fang. Hélas, qu'avez-vous fait de cette amour parfaite Que vous me fouhaitiez, & que je vous fouhaite? S'il vous en reste encor, n'étes-vous point jaloux Qu'à grand'peine Chrétien j'en montre plus que vous?

XE ARQUE.

Vous fortez du Baptefme, & ce qui vous anime C'eft fa grâce qu'en vous n'affoiblit aucun crime ; Comme encor toute entière, elle agit pleinement, Et tout femble pofTible à fon feu véhément. Mais cette mefme grâce en moy diminuée, Et par mille péchez fans ceffe exténuée, Agit aux grands effets avec tant de langueur, Que tout femble impoffible à fon peu de vigueur. Cette indigne molleffe & ces lafches défences Sont des punitions qu'attirent mes offences ;

406 POLYEUCTE

Mais Dieu, dont on ne doit jamais fe défier, Me donne voftre exemple à me fortifier.

Allons, cher Polyeuâe, allons aux yeux des hommes Braver l'Idolâtrie, & montrer qui nous fommes ; Puiffay-je vous donner l'exemple de fouffrir, Comme vous me donnez celuy de vous offrir.

POLYEUCTE

A cet heureux transport que le Ciel vous envoyé, Je reconnoy Néarque & j'en pleure de joye.

Ne perdons plus de temps, le facrifice eft preft, Allons-y du vray Dieu foûtenir l'intéreft, Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule Dont arme un bois pourry ce peuple trop crédule, Allons en éclairer l'aveuglement fatal, Allons brifer ces Dieux de pierre, & de métal, Abandonnons nos jours à cette ardeur céleste, . Faifons triompher Dieu, qu'il dispofe du reste.

NEARQUE.

Allons faire éclater fa gloire aux yeux de tous, Et répondre avec zélé à ce qu'il veut de nous.

Fin du fécond Aâe.

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