SCENE 111. L'INFANTE, CHIMENE, LEONOR
l'infante.
Apaife, ma Chiméne, apaife ta douleur,
Fais agir ta constance en ce coup de malheur,
Tu reverras le calme après ce foible orage,
Ton bonheur n'eft couvert que d'un peu de nuage,
Et tu n'as rien perdu pour le voir différer.
CHIMENE
Mon cœur outré d'ennuis n'ofe rien espérer. Un orage fi prompt qui trouble une bonace D'un naufrage certain nous porte la menace, Je n'en fçaurois douter, je péris dans le Port. J'aimois, j'étois aimée, & nos pères d'accord, Et je vous en contois la charmante nouvelle Au malheureux moment que naiffoit leur querelle, Dont le récit fatal, fi-toft qu'on vous l'a fait, D'une fi douce attente a ruiné l'effet. Maudite ambition, détestable manie, Dont les plus généreux fouffrent la tyrannie, Honneur impitoyable à mes plus chers defirs, Que tu me vas coûter de pleurs & de foufpirs!
l'infante.
Tu n'as dans leur querelle aucun fujet de craindre, Un moment l'a fait naiftre, un moment va l'éteindre,