ACTE IV, SCENE II T
POLYEUCTE
Les bontez de mon Dieu font bien plus à chérir. Il m'ofte des périls que j'aurois pu courir, Et fans me laiiïer lieu de tourner en arriére Sa faveur me couronne entrant dans la carrière, Du premier coup de vent il me conduit au Port, Et fortant du Baptefme il m'envoye à la mort. Si vous pouviez comprendre, & le peu qu'eft la vie, Et de quelles douceurs cette mort eft fuivie... Mais que fert de parler de ces trefors cachez A des esprits que Dieu n'a pas encor touchez?
Cruel, car il eft temps que ma douleur éclate, Et qu'un juste reproche accable une ame ingrate, Eft-ce là ce beau feu? font-ce là tes fermens? Témoignes-tu pour moy les moindres fentimens? Je ne te parlois point de l'état déplorable Oûy.ta mort va laifler ta femme inconfolable ; Je croyois que l'amour t'en parleroit afTez, Et je ne voulois pas de fentimens forcez. Mais cette amour (i ferme & fi bien méritée due tu m'avois promife & que je t'ay portée, Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir, Te peut-elle arracher une larme, un foufpir? Tu me quittes, ingrat, & le fais avec joye, Tu ne la caches pas, tu veux que je la voye, Et ton cœur infenfible à ces tristes appas Se figure un bonheur où je ne feray pas 1 C'eft donc là le dégouft qu'apporte l'Hyménée? Je te fuis odieufe après m'eftre donnée !
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POLYEUCTE
Hélas !
PAULINE
Que cet hélas a de peine à fortir!
Encor s'il commencent un heureux repentir, Que tout forcé qu'il eft, j'y trouverais de charmes! Mais courage, il s'émeut, je voy couler des larmes.
POLYEUCTE
J'en verfe, & plûft à Dieu qu'à force d'en verfer Ce cœur trop endurcy fe pûft enfin percer. Le déplorable état où je vous abandonne Eft bien digne des pleurs que mon amour vous donne, Et fi l'on peut au Ciel fentir quelques douleurs, J'y pleureray pour vous l'excès de vos malheurs. Mais fi dans ce féjour de gloire & de lumière Ce Dieu tout juste & bon peut fouffrir ma prière, S'il y daigne écouter un conjugal amour, Sur voftre aveuglement il répandra le jour.
Seigneur, de vos bontez il faut que je l'obtienne, Elle a trop de vertu pour n'eftre pas Chrétienne, Avec trop de mérite il vous plût la former, Pour ne vous pas connoiftre, & ne vous pas aimer, Pour vivre des Enfers esclave infortunée, Et fous leur triste joug mourir, comme elle eft née.
PAULINE
Que dis-tu, malheureux? qu'ofes-tu fouhaiter?
POLYEUCTE
Ce que de tout mon fang je voudrois acheter.