‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 234 sur 254 · ACTE XV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE XV, SCENE V

Brifons là, je crains de trop entendre, Et que cette chaleur qui fent vos premiers feux, Ne pouffe quelque fuite indigne de tous deux. Sévère, connoiffez Pauline toute entière.

Mon Polyeude touche à fon heure dernière, Pour achever de vivre il n'a plus qu'un moment, Vous en êtes la caufe, encor qu'innocemment. Je ne fçay fi voftre ame à vos defirs ouverte Auroit ofè former quelque espoir fur fa perte; Mais fçachez qu'il n'eft point de fi cruels trépas, Où d'un front affeuré je ne porte mes pas, Qu'il n'eft point aux Enfers d'horreurs que je n'endure, Plûtoft que de fouiller une gloire fi pure, Que d'époufer un homme après fon triste fort, Qui de quelque façon foit caufe de fa mort, Et fi vous me croyiez d'une ame fi peu faine, L'amour que j'eus pour vous tourneroit toute en haine. Vous êtes généreux, foyez-le jusqu'au hout; Mon père eft en état de vous accorder tout, Il vous craint, & j'avance encor cette parole, Que s'il perd mon époux, c'eft à vous qu'il l'immole. Sauvez ce malheureux, employez-vous pour luy, Faites-vous un effort pour luy fervir d'appuy. Je fçay que c'eft beaucoup que ce que je demande, Mais plus l'effort eft grand, plus la gloire en eft grande : Conferver un rival dont vous êtes jaloux, C'eft un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous ; Et fi ce n'eft affez de voftre renommée, C'eft beaucoup qu'une femme autrefois tant aimée,

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Et dont l'amour peut-eftre encor vous peut toucher, Doive à voftre grand cœur ce qu'elle a de plus cher. Souvenez-vous enfin que vous êtes Sévère. Adieu, réfolvez feul ce que vous voulez faire, Si vous n'êtes pas tel que je l'ofe espérer, Pour vous prifer encor, je le veux ignorer.

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