D. FERNAND, D. ARIAS, D. SANCHE
E>. FERNAND
Le Comte eft donc fi vain & fi peu raifonnable! Ofe-t'il croire encor fon crime pardonnable?
D. ARIAS
Je l'ay de voftre part long-temps entretenu, J'ay fait mon pouvoir, Sire, & n'ay rien obtenu.
D. FERNAND
Justes Cieux ! Ainfi donc un Sujet téméraire A fi peu de respecl & de foin de me plaire! Il offence D. Diégue, & méprife fon Roy! Au milieu de ma Cour il me donne la loy ! Qu'il foit brave guerrier, qu'il foit grand Capitaine, Je fçauray bien rabatre une humeur fi hautaine : Fuft-il la valeur mefme & le Dieu des combats, Il verra ce que c'eft que de n'obéir pas. Quoy qu'ait pu mériter une telle infolence, Je l'ay voulu d'abord traiter fans violence, Mais puisqu'il en abufe, allez dès aujourd'huy, Soit qu'il refiste, ou non, vous afleurer de luy.
D. 5 ANC HE
Peut-eftre un peu de temps le rendroit moins rebelle, On l'a pris tout bouillant encor de fa querelle, Sire, dans la chaleur d'un premier mouvement Un cœur fi généreux fe rend mal-aifément : Il voit bien qu'il a tort, mais une ame fi haute N'eft pas fi-toft réduite à confeiïer fa faute.
D. FERNAND
Don Sanche, taifez-vous, & foyez averty Qu'on fe rend criminel à prendre fon party.
D. SANCHE
J'obéis, & me tais, mais de grâce encor. Sire, Deux mots en fa défence.
D. FERNAND
Et que pouvez-vous dire?
D. SANCHE
Qu'une ame accoutumée aux grandes actions Ne fe peut abaiffer à des fubmiffions.
Elle n'en conçoit point qui s'expliquent fans honte, Et c'eft à ce mot feul qu'a refisté le Comte. Il trouve en fon devoir un peu trop de rigueur, Et vous obéïroit, s'il avoit moins de cœur. Commandez que fon bras nourry dans les alarmes Répare cette injure à la pointe des armes, Il fatisfera, Sire, & vienne qui voudra, Attendant qu'il l'ait fçeu, voicy qui répondra.
D. FERNAND
Vous perdez le respect, mais je pardonne à l'âge, Et j'excufe l'ardeur en un jeune courage.
Un Roy dont la prudence a de meilleurs objets Eft meilleur ménager du fang de fes Sujets ; Je veille pour les miens, mes foucis les confervent, Comme le chef a foin des membres qui le fervent. Ainfi voftre raifon n'eft pas raifon pour moy, Vous parlez en Soldat, je dois agir en Roy, Et quoy qu'on veuille dire, & quoy qu'il ofe croire, Le Comte à m'obéïr ne peut perdre fa gloire. D'ailleurs l'affront me touche, il a perdu d'honneur Celuy que de mon fils j'ay fait le Gouverneur. S'attaquer à mon chois, c'eft fe prendre à moy-mefme, Et faire un attentat fur le pouvoir fuprémc.