‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 34 sur 254 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

D. RODRIGUE

Et je n'y viens auffi que m'offrir à mon Juge.

Ne me regarde plus d'un vifage étonné,

Je cherche le trépas après l'avoir donné.

Mon Juge eil mon amour, mon Juge eft ma Chiméne,

Je mérite la mort de mériter fa haine,

Et j'en viens recevoir comme un bien fouverain,

Et l'Arreft de fa bouche, & le coup de fa main.

Fuy plûtoft de fes yeux, fuy de fa violence, A fes premiers transports defrobe ta prefence; Va, ne t'expofe point aux premiers mouvemens Que pouffera l'ardeur de fes reffentimens.

D. RODRIGUE

Non, non, ce cher objet à qui j'ay pu déplaire, Ne peut pour mon fupplice avoir trop de colère, Et j'évite cent morts qui me vont accabler, Si pour mourir plûtoft je puis la redoubler.

Chiméne eft au Palais de pleurs toute baignée, Et n'en reviendra point que bien accompagnée. Rodrigue, fuy de grâce, ofte-moy de foucy, due ne dira-t'on point fi l'on te voit icy? Veux-tu qu'un médifant pour comble à fa mifére L'accufe d'y fouffrir l'affaffin de fon père? Elle va revenir, elle vient, je la voy; Du moins pour fon honneur, Rodrigue, cache-toy.

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