ACTE IV, SCENE II
Je te voudrois moy-mefme en arracher l'envie ; Ofte-luy ton amour, mais kiiïe-nous fa vie.
CHIMENE
Ah, ce n'eft pas à moy d'avoir tant de bonté, Le devoir qui m'aigrit n'a rien de limité. Quoy que pour ce vainqueur mon amour s'intérefle, Quoy qu'un Peuple l'adore, & qu'un Roy le careffe, Qu'il foit environné des plus vaillants guerriers, J'iray fous mes cyprès accabler fes lauriers.
l'infante.
C'eft générofité, quand pour venger un père Noftre devoir attaque une tefte fi chère : Mais c'en eft une encor d'un plus illustre rang, Quand on donne au Public les intérefts du fang. Non, croy-moy, c'eft affez que d'éteindre ta flame, Il fera trop puny, s'il n'eft plus dans ton ame. Que le bien du pais t'impofe cette loy; Aufii-bien que crois-tu que t'accorde le Roy?
CHIMENE
Il peut me refufer, mais je ne puis me taire.
l'infante.
Penfe bien, ma Chiméne, à ce que tu veux faire. Adieu, tu pourras feule y penfer à loifir.
CHIMENE
Après mon père mort je n'ay point à choifir.