‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 64 sur 254 · ACTE V, SCENE III. l8j · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. l8j

O Cieux ! à combien de foufpirs

Faut-il que mon cœur fe prépare,

Si jamais il n'obtient fur un fi long tourment,

Ny d'éteindre l'amour, ny d'accepter l'Amant?

Mais c'eft trop de fcrupule, & ma raifon s'étonne

Du mépris d'un fi digne chois, Bien qu'aux Monarques feuls ma naiflance me donne, Rodrigue, avec honneur je vivray fous tes loix; Après avoir vaincu deux Rois Pourrois-tu manquer de Couronne?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir fur qui tu dois régner?

Il eft digne de moy, mais il eft à Chiméne.

Le don que j'en ay fait me nuit, Entre eux la mort d'un père a fi peu mis de haine, Que le devoir du fang à regret le pourfuit :

Ainfi n'espérons aucun fruit

De fon crime ny de ma peine, Puisque pour me punir le Destin a permis Que l'amour dure mefme entre deux ennemis.

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